Le BTP : un métier pénible, dangereux et mal payé

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Ils ne construisent plus de cathédrales ou de châteaux. Pourtant, ils continuent avec courage de transformer la nature pour le bien-être de l’homme. Souvent originaires de pays ou de régions où la vie reste rude, ils en gardent cette capacité à souffrir avec noblesse.

« Considérés » seulement parce qu’ils font les métiers que personne ne souhaiterait pour sa descendance, ils sont à l’origine de tout ce qui permet à l’homme de vivre « debout ». Ils amènent eau, gaz, électricité dans les foyers qu’ils ont bâtis, ils construisent les routes de vos vacances, réalisent les ouvrages qui vous protègent des intempéries, des catastrophes, et assainissent votre environnement. Durs à la tache comme à la lutte, ils connaissent le prix à payer pour arracher justice et liberté, et savent que le progrès est un combat de tous les jours.

Malgré tout, même si on ne peut pas délocaliser les chantiers, la menace pèse sur cette profession où les conditions de travail sont déjà extrêmement pénibles – comme le prouve la directive Bolkenstein. Le système capitaliste continue de frapper la classe ouvrière, et dans le BTP, cela se traduit de différentes manières. Tout d’abord, les salaires sont extrêmement bas : un ouvrier professionnel touche au maximum 1300 euros de salaire mensuel, et ce alors que les journées sont souvent à rallonge et les heures supplémentaires rarement payées.

D’un côté, le patronat, en donnant au compte-gouttes le minimum vital, essaie d’endormir les consciences, en obligeant l’ouvrier à se préoccuper uniquement de subvenir à ses besoins vitaux. D’un autre côté, il agite le spectre de l’ouvrier de l’Est, qui sera prêt à venir travailler pour 2 euros de l’heure. Les conditions de travail, d’hygiène et de sécurité sont tellement déplorables que la profession compte le plus fort taux de maladies professionnelles, et notamment de cancers. A cela s’ajoute l’amiante, qui devrait tuer 50 000 à 100 000 personnes d’ici 2030.

La profession est aussi numéro un des accidents du travail, avec 181 morts en 2003. Cette première place, nous la devons à des cadences toujours plus élevées, une polyvalence à outrance (malgré le manque de formation), et un stress toujours croissant, ce qui témoigne du choix délibéré des patrons de privilégier le profit au détriment de l’homme. La pénibilité n’est toujours pas reconnue, malgré l’énorme travail que fait la CGT pour réclamer la retraite à 55 ans. Enfin, le travail non déclaré est tellement développé qu’il constitue une véritable économie parallèle, quand il ne s’inscrit pas sciemment dans la sous-traitance en cascade imposée par les « majors » de la profession.

Proportionnellement au nombre de salariés, les syndicats sont peu représentés. Cela s’explique par le fait que les PME, TPE et artisans représentent les 3/4 de la profession : c’est aussi là que les conditions de travail sont les pires, et les droits d’expression nuls tant la répression patronale est violente. Reste les grands groupes, où le combat continue. Depuis 20 ans, les organisations syndicales ont indéniablement reculé.

Aujourd’hui, les forces demeurent trop faibles, mais de plus en plus de jeunes se déclarent au moins sympathisants des syndicats. Malgré cela, face aux attaques incessantes du patronat et du gouvernement à sa solde, la classe ouvrière demeure trop passive. Prisonniers de leurs crédits et de leurs dettes, les ouvriers du BTP on du mal à perdre des journées de salaire pour des manifs sans lendemain. Ils ont encore trop peur de perdre les miettes que patrons ou actionnaires daignent leur laisser.

Mais que ceux-ci n’y voient pas un quelconque signe de résignation ou de faiblesse ! C’est plutôt le calme avant la tempête. Qu’ils n’oublient pas que des hommes traqués, n’ayant plus rien a perdre, pas même l’espoir, sont autant de grenades dégoupillées !

Pascal Plantevin (PCF / USC-CGT)

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