Présidentielles au Venezuela : voter Chavez – et mener la révolution à son terme

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Résolution adoptée de lors du congrès mondial de la Tendance Marxiste Internationale, à Barcelone, en août 2006.

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Les élections présidentielles de décembre 2006 sont une étape importante dans le développement de la révolution vénézuélienne. Elles reflètent la lutte entre les travailleurs et les paysans vénézuéliens d’un côté, et l’oligarchie et l’impérialisme de l’autre. Par conséquent, notre attitude envers ces élections est une question cruciale.

Le marxisme n’a rien à voir avec l’anarchisme. Nous n’avons jamais nié l’importance de la lutte électorale, qui fait partie intégrante de la lutte des classes. Pour les masses, les choses sont très claires : un vote pour Chavez est un vote pour la révolution. En même temps, l’oligarchie et l’impérialisme font tout ce qu’ils peuvent pour que Chavez soit battu. Au fond, c’est une question de classe, et nous devons être aux côtés des travailleurs et des paysans révolutionnaires en lutte contre l’impérialisme et l’oligarchie.

Les forces contre-révolutionnaires ont déjà commencé une campagne pour discréditer les élections. Elles utiliseront tous les moyens dont elles disposent pour les saper : la corruption, les calomnies et toutes sortes de sabotage. Elles auront à leur disposition de considérables ressources : les richesses de l’oligarchie, la technologie de la CIA, le soutien de l’ambassade américaine, la presse réactionnaire et tous les autres médias pro-capitalistes.

De l’autre côté, il y a l’esprit révolutionnaire, le courage et le dévouement de millions de travailleurs vénézuéliens, de paysans et de pauvres des villes, mais aussi de la jeunesse révolutionnaire, des sections révolutionnaires de l’armée, des artistes et de l’intelligentsia progressistes – bref, de toutes les forces vives de la société vénézuélienne, soutenues par les masses exploitées de l’Amérique latine et la classe ouvrière du monde entier.

Les travailleurs et les paysans luttent pour transformer la société. De grandes avancées ont été réalisées, mais l’objectif final n’a pas été atteint. Le pouvoir de l’oligarchie n’a pas encore été brisé. Aussi longtemps qu’il en sera ainsi, la révolution ne sera pas irréversible et sera constamment menacée.

Les élections et la lutte des classes

La lutte électorale fait partie de la lutte des classes. Bien que les questions décisives soient toujours tranchées, en dernière analyse, en dehors du parlement – dans les entreprises, dans la rue, dans les campagnes et dans les casernes – la lutte électorale est un moyen, pour le mouvement révolutionnaire, de se mobiliser et d’évaluer ses forces par rapport à celles de la contre-révolution.

Après le massacre du Caracazo, la lutte électorale a joué un très grand rôle dans la mobilisation des travailleurs et des paysans vénézuéliens. Chaque victoire sur le front électoral – y compris le référendum révocatoire d’août 2004 – a objectivement renforcé la tendance révolutionnaire et affaibli la contre-révolution. Cela a contribué à démoraliser les forces de la réaction et à créer les conditions les plus favorables pour accomplir une révolution socialiste.

Dans la révolution russe de 1917, l’émergence des soviets – organes révolutionnaires du pouvoir ouvrier – eut pour conséquence de faire passer l’élément parlementaire au second plan. Lorsque, finalement, l’Assemblée Constituante fut convoquée – après la prise de pouvoir des travailleurs via les soviets –, elle avait déjà épuisé tout son potentiel progressiste, et fut rapidement dissoute par les soviets, dirigés par les Bolcheviks.

Ceci dit, il n’était nullement exclu que la révolution russe puisse passer par une phase de parlementarisme, comme ce fut le cas de la Grande Révolution Française de 1789-93. La révolution vénézuélienne a suivi une voie plus similaire à la révolution française qu’à la révolution russe. Il y a, au Venezuela, des éléments de pouvoir ouvrier – dans les usines occupées et dans le mouvement pour le contrôle ouvrier. Mais à ce stade, ils n’existent qu’à l’état embryonnaire. Cela signifie que le front électoral continuera d’occuper une position centrale.

Les marxistes révolutionnaires soutiennent pleinement la réélection de Chavez. Mais en même temps, nous luttons pour mener la révolution à son terme. Une victoire, aux élections de décembre, doit être suivie par des mesures décisives pour désarmer la contre-révolution et exproprier l’oligarchie. C’est la seule façon de rendre la révolution irréversible.

Aussi importante soit-elle, la lutte électorale ne peut pas résoudre la question centrale du pouvoir. Elle ne peut que créer les conditions favorables pour mener à bien la révolution. En dernière analyse, la lutte pour le pouvoir ne sera pas résolue par des discours ou des résolutions au Parlement. L’oligarchie n’abandonnera jamais son pouvoir et ses privilèges sans une lutte féroce. Fermer les yeux sur ce fait serait d’une irresponsabilité criminelle vis-à-vis de la révolution.

La bourgeoisie et la « légalité »

On nous dit que nous devons respecter les lois. Mais quelle est l’attitude de l’oligarchie vis-à-vis de la légalité ? Les grands propriétaires terriens et les capitalistes parlent constamment de « démocratie », mais en réalité ils ne soutiennent la « démocratie » qu’aussi longtemps qu’elle représente les intérêts de leur classe. Lorsque les résultats électoraux débouchent sur un gouvernement qui ne représente pas les intérêts des riches et des puissants, un gouvernement qui s’efforce de défendre les intérêts des pauvres et des exploités, l’oligarchie se retourne contre la démocratie et se lance dans des activités extraparlementaires – le sabotage, les assassinats et les coups d’Etats.

En 2002, ces « démocrates » ont organisé un coup d’Etat contre le gouvernement démocratiquement élu. Seul le mouvement révolutionnaire des masses a sauvé la révolution. Quelques mois plus tard, les mêmes « démocrates » ont organisé un lock-out patronal et le sabotage de la PDVSA, la compagnie pétrolière, ce qui a mis l’économie à genoux. A nouveau, la classe ouvrière a sauvé la situation en menaçant d’occuper les usines et en plaçant l’industrie pétrolière sous le contrôle des ouvriers.

Le référendum révocatoire était encore une autre tentative de déstabiliser le pays. Les capitalistes ont utilisé la Constitution bolivarienne dans l’espoir de renverser le gouvernement. Bien entendu, s’ils avaient réussi, ils auraient immédiatement éliminé le droit d’organiser des référendums révocatoires – en même temps que le reste de la Constitution bolivarienne. Et cette fois encore, ce fut l’instinct révolutionnaire des masses qui a sauvé la situation.

Pour finir, en décembre 2005, l’opposition a boycotté les élections législatives, car elle savait qu’elle allait y faire un score ridicule. Cet acte était, à lui seul, une déclaration de guerre à la démocratie. C’était une façon de jeter le gant au visage du peuple vénézuélien. Ils lui ont dit : peu importe comment vous votez, peu importe qui est élu – nous avons l’intention de conserver notre pouvoir et nos privilèges, et nous nous battrons jusqu’à la mort pour les défendre.

Ainsi, à chaque étape décisive de la révolution, l’oligarchie a montré son mépris total de toutes les normes démocratiques, parlementaires et légales. Elle a eu constamment recours à des méthodes extraparlementaires pour tenter de renverser le gouvernement élu par le peuple. C’est là un fait incontestable – et dont nous devons tirer toutes les conclusions nécessaires. Pour pouvoir progresser, la révolution doit se défendre contre l’agitation et les agressions extraparlementaires et illégales de l’oligarchie contre-révolutionnaire. Il n’y a qu’un seul moyen d’y parvenir : l’oligarchie doit être battue, désarmée et expropriée. Autrement dit, la lutte pour remporter la seconde bataille de Santa Ines [1]doit être clairement et fermement liée à la lutte pour le socialisme.

La révolution bolivarienne a fait d’énormes pas en avant, mais elle n’a pas encore résolu les problèmes fondamentaux. Les principaux défis auxquels est confrontée la révolution sont :

1) la question de l’économie

2) la question de l’Etat

3) le besoin d’une expression organisée du mouvement révolutionnaire

4) l’armement du peuple

L’économie

Après une victoire décisive aux élections présidentielles, le mouvement bolivarien jouira d’une position dominante à l’Assemblée nationale et à tous les autres niveaux du gouvernement. Il n’y aura donc aucune excuse pour ne pas prendre des mesures décisives contre l’oligarchie, qui détient et contrôle toujours des secteurs clés de l’économie nationale. Sans de telles mesures, il ne servira à rien de parler de socialisme ou de révolution, et la république bolivarienne sera toujours en danger. Pour saboter l’économie, l’oligarchie utilisera toujours son contrôle des banques (dont 8o% sont entre les mains de multinationales espagnoles), de la distribution alimentaire (entre les mains de deux grands groupes), des télécommunications (possédées par trois ou quatre groupes), des médias (contrôlés par quatre monopoles puissants) et du secteur industriel. Par ailleurs, malgré les premiers pas de la réforme agraire, la grande majorité des terres fertiles est toujours entre les mains d’une poignée de propriétaires terriens.

L’Assemblée nationale doit voter une loi d’habilitation pour exproprier la terre, les banques, les institutions financières et toutes les industries majeures, et les placer sous le contrôle et la gestion des travailleurs. C’est la condition préalable pour introduire un plan de production socialiste et démocratique. Toutes les richesses du Venezuela, à commencer par ses vastes ressources humaines inutilisées, peuvent être mobilisées et mises au travail pour construire les logements, les écoles et les hôpitaux dont le pays a besoin. C’est la seule façon de placer la révolution sur une base solide, de la rendre irréversible. Tout autre programme se ramène à du bricolage réformiste qui ne résoudra rien et se terminera par une crise.

Une authentique économie socialiste et planifiée n’a rien à voir avec l’Etat totalitaire et bureaucratique qui existait dans la Russie stalinienne. Elle repose sur la participation démocratique et le contrôle de l’économie, à tous les niveaux, par les travailleurs eux-mêmes, y compris les scientifiques, les techniciens, les agronomes, les urbanistes, les architectes et les économistes. Libérée de la dictature du profit privé, l’économie se développera à un rythme sans précédent. Le chômage disparaîtra très rapidement et il y aura une hausse générale du niveau de vie.

Avec le développement de l’économie et l’amélioration des conditions de vie de la population, il sera possible de mettre en place une réduction générale du temps de travail, sans porter préjudice à sa productivité. Sous le capitalisme, l’introduction de nouvelles machines et de nouvelles technologies ne conduit pas à une réduction de la journée de travail – mais, au contraire, à une augmentation permanente du temps de travail et des cadences. Dans une économie socialiste planifiée, l’utilisation généralisée de nouvelles technologies permettra une réduction du temps de travail, qui est la condition première d’une participation des masses à la gestion de l’industrie et de l’Etat, tout comme à l’art, la science et la culture. Telles sont les seules et uniques bases matérielles sur lesquelles peut être bâti le « socialisme du XXIe siècle » dont parle Chavez.

L’Etat

Après plus de 7 ans de gouvernement bolivarien, l’appareil d’Etat reste dans une situation lamentable. Une authentique révolution ne peut pas simplement se saisir de l’Etat existant et l’utiliser pour ses objectifs révolutionnaires. Le vieil Etat de la IVe République était conçu pour défendre le statu quo et les intérêts des exploiteurs : c’était un Etat capitaliste. Il reposait sur la corruption et la violence envers le peuple. C’était un monstre bureaucratique servant les intérêts des riches et des puissants.

Tel était l’Etat dont la révolution bolivarienne s’est saisie. Qu’est-ce qui a changé ? Quelques-uns des pires éléments ont été purgés, et il y a quelques honnêtes ministres et officiels bolivariens qui s’efforcent de répondre aux aspirations du peuple. Mais dans chaque ministère, il y a beaucoup de gens qui, sous leur T-shirt rouge, sont les ennemis de la révolution et travaillent contre elle. La corruption et l’abus sont largement répandus, et l’influence des éléments contre-révolutionnaires est une menace constante pour la révolution.

Pour être victorieuse, la révolution ne peut pas se baser sur un tel Etat, mais doit créer un nouvel Etat à son image : un Etat ouvrier sur le modèle de la Commune de Paris ou de la République ouvrière et démocratique fondée par les Bolcheviks, en Russie, avant qu’elle ne soit détruite par Staline et la bureaucratie. Un tel Etat serait sous le contrôle démocratique des travailleurs, et les officiels ne toucheraient pas un salaire supérieur à celui d’un ouvrier qualifié.

Tous les officiels seraient élus et, s’ils ne respectent pas les volontés du peuple, révocables à tout moment. C’est la seule façon d’extirper le cancer de la bureaucratie du corps de la révolution, et de créer les conditions d’une participation de tout le peuple à l’administration de l’industrie, de la société et de l’Etat – participation sans laquelle le socialisme n’est qu’un mot creux.

Le besoin d’une expression organisée du mouvement révolutionnaire

Sans organisation, la révolution ne peut pas aboutir. Les masses ont énormément de pouvoir entre leurs mains, mais ce pouvoir doit être organisé et dirigé vers un objectif central. Sans cela, il restera un simple potentiel sans contenu effectif. Il se dissipera dans l’air comme de la vapeur, qui ne devient un pouvoir que lorsqu’elle est concentrée dans les cylindres moteurs.

Aujourd’hui, au Venezuela, des millions de travailleurs et de paysans sont impliqués dans des dizaines de milliers d’organisations : comités ruraux, cercles bolivariens, assemblées révolutionnaires, syndicats de lutte, commissions de l’eau, commissions sanitaires, « missions », etc. Mais ces organisations sont atomisées, isolées les unes des autres. Il n’y a pas de structure nationale dans laquelle elles sont représentées et où l’expérience des masses en lutte est partagée et généralisée. De leur côté, les partis politiques bolivariens représentés au Parlement sont largement perçus comme de pures machines électorales n’ayant pas de compte à rendre au peuple révolutionnaire et infestées d’éléments carriéristes et réformistes.

Les élections de décembre nous offrent une excellente opportunité de parfaire les organisations révolutionnaires des masses. Des « Comités de lutte électorale pour le socialisme » devraient être créés dans chaque usine, caserne, école et quartier, et être reliés au niveau local, régional et national à travers des délégués élus et révocables. Dans une telle Assemblée Nationale Révolutionnaire, toutes les différentes tendances qui existent, au sein du mouvement bolivarien, auraient la possibilité de s’exprimer et de soumettre leurs idées et programme à la discussion démocratique du mouvement révolutionnaire organisé.

A tous les niveaux, il est nécessaire de promouvoir la formation d’organisations révolutionnaires démocratiques unissant les travailleurs, les paysans, les femmes, la jeunesse et les soldats révolutionnaires. Ces organisations révolutionnaires de masses – l’équivalent des soviets de la Russie révolutionnaire – commenceront par organiser la lutte, mais ils finiront inévitablement par prendre le pouvoir en main. Elles sont l’embryon de la nouvelle société qui se forme dans le cadre de l’ancienne.

La création de telles organisations est une question clé pour la révolution. C’est une condition essentielle de son succès. Ces organes de démocratie révolutionnaire doivent être reliés au niveau local, régional et national. Telle est la tâche la plus urgente du mouvement.

Par-dessus tout, il est nécessaire de pousser à la création d’authentiques organisations ouvrières. L’UNT doit être unie et renforcée de façon à jouer pleinement son rôle d’organisation de base du salariat et de fer de lance de la révolution. On a déjà perdu trop de temps en querelles internes. L’UNT doit agir comme un authentique syndicat révolutionnaire – non comme un moulin à paroles. Saisissant la proposition du président Chavez, l’UNT doit immédiatement faire l’inventaire des entreprises abandonnées ou mal dirigées et mobiliser pour qu’elles soient expropriées sous le contrôle des travailleurs.

Outre l’UNT, il y a le mouvement des usines occupées (Freteco). Il joue un rôle clé dans le rassemblement et la mobilisation des travailleurs des usines occupées. C’est le fer de lance du mouvement révolutionnaire, et il devrait être développé et étendu à toutes les régions du pays.

Armer le peuple !

Les impérialistes suivent de près ce qui se passe au Venezuela. Ils comprennent qu’une victoire de Chavez aux présidentielles représente une menace pour leurs intérêts, non seulement au Venezuela, mais dans toute l’Amérique Latine.

Washington essaiera par tous les moyens d’obtenir le renversement du président Chavez – y compris par l’assassinat. Il est vrai que, pour le moment, ils sont embourbés en Irak, et que cela rend une intervention directe des Etats-Unis extrêmement difficile. Mais il n’est pas totalement exclu que, par désespoir, ils organisent une forme d’intervention, en utilisant par exemple les services des mercenaires et des fascistes de Colombie. C’est une menace bien réelle et nous devons nous tenir prêts.

C’est particulièrement le cas dans les campagnes, où les grands propriétaires terriens organisent déjà des groupes paramilitaires pour défendre leurs propriétés contre la réforme agraire. Plus de cent militants paysans ont été assassinés. Cette guerre civile unilatérale, dans les campagnes, doit être combattue en constituant des groupes armés d’autodéfense sous le contrôle des organisations paysannes.

Un peuple qui n’est pas prêt à se défendre les armes à la main mérite d’être esclave. Le président Chavez a dit à de nombreuses reprises que le peuple vénézuélien ne veut pas la guerre, mais qu’il se battra pour défendre la révolution contre tout agresseur étranger. La constitution d’une réserve et d’une garde territoriale est une tentative d’armer la révolution contre la menace d’une intervention étrangère. Les marxistes approuvent cette démarche et soutiendront tous les efforts pour défendre la révolution.

L’UNT devrait participer à cet effort en créant, sur chaque lieu de travail, des unités de défense ouvrière organisées par des assemblées de travailleurs, et responsables devant elles. Chaque travailleur, chaque paysan et chaque étudiant doit apprendre le maniement des armes. Toute l’histoire de la révolution vénézuélienne montre que les masses sont les seuls défenseurs consistants de la révolution. Des écoles spéciales doivent être créées pour entraîner des cadres militaires issus des rangs de la classe ouvrière et de la paysannerie. Il y a de très nombreux officiers révolutionnaires, dans l’armée, qui peuvent fournir une éducation et un entraînement militaires aux travailleurs.

Les réformistes prétendent que tout cela ne ferait que provoquer les impérialistes et accroître le danger d’une invasion. Au contraire ! Plus il y aura de travailleurs sachant manier les armes, plus de larges couches de la population seront impliquées dans la formation militaire, et plus cela dissuadera les agresseurs impérialistes. Les chances d’une issue pacifique en seront renforcées d’autant. Faisons nôtre le slogan de la République romaine : « Si pacem vis, para bellum » – si tu veux la paix, prépare toi à la guerre.

Pour une politique internationaliste !

Une révolution qui se réclame de Simon Bolivar doit se battre pour réaliser le programme de Bolivar : l’unification révolutionnaire de l’Amérique latine. Mais dans les conditions modernes, cela ne peut se faire que dans le cadre d’une Fédération Socialiste de l’Amérique latine. Un appel doit être lancé aux peuples d’Amérique latine et du monde entier pour qu’ils suivent la voie révolutionnaire du Venezuela.

Il y a ceux qui disent que la révolution est allée suffisamment loin, et qu’il est temps de marquer une pause. Ce n’est pas l’état d’esprit qui animait Simon Bolivar et ses partisans ! Ils n’avaient pas peur de défier les plus grandes puissances du monde, même s’ils n’étaient qu’une poignée, au début.

Proclamer la révolution n’est pas suffisant : il faut passer de la parole aux actes, au risque, sinon, de générer scepticisme et apathie, ce qui créerait les conditions d’une contre-révolution. La révolution ne peut pas s’arrêter – ou elle sera vaincue. Elle doit courageusement aller de l’avant et conquérir sans cesse de nouvelles positions.

Il est également insuffisant de parler du socialisme alors que la terre et les banques restent entre les mains des grands propriétaires terriens et des capitalistes. Il faut finir ce qui a été commencé. Une direction révolutionnaire qui n’est pas prête à aller jusqu’au bout est condamnée à jouer un rôle fatal. Dans ce cas, il aurait mieux valu ne pas avoir commencé la révolution.

En dernière analyse, le futur de la révolution bolivarienne sera déterminé par le degré de son extension au reste de l’Amérique latine – et au-delà. Che Guevara comprenait bien cette idée lorsqu’il disait que la révolution cubaine ne pourrait être sauvée qu’en créant trois ou quatre Vietnam.

L’impérialisme américain est un ennemi puissant. Il dispose de réserves colossales. Mais les réserves potentielles de la révolution vénézuélienne sont encore plus grandes. Elles consistent dans le soutien de millions de travailleurs et de paysans opprimés de l’Amérique latine, qui voient dans la révolution bolivarienne une lueur d’espoir dans les ténèbres. Au fur et à mesure que la révolution bolivarienne avancera courageusement, infligera des coups à ses ennemis et fera reculer l’impérialisme et l’oligarchie, la confiance et le militantisme des masses grandiront, partout.

Le mouvement révolutionnaire s’étend d’ores et déjà à d’autres pays, comme on le voit avec l’élection d’Evo Morales en Bolivie. Le Mexique, le Pérou et l’Equateur ne sont pas loin derrière. Ce qu’il faut, c’est une direction audacieuse, qui franchisse un cap décisif en éradiquant le latifundisme et le capitalisme au Venezuela, une fois pour toutes. Une fois cette étape franchie, la révolution se répandra comme une traînée de poudre dans un pays après l’autre.

Pour que la révolution bolivarienne soit victorieuse, elle doit s’étendre aux autres pays, en commençant par une Fédération Socialiste réunissant Cuba, le Venezuela et la Bolivie. Elle ne tarderait pas, alors, à affecter les autres pays, y compris les Etats-Unis, où le mécontentement grandit d’heure en heure.

Contre l’opportunisme ! Contre le sectarisme !

A la veille de la Seconde Bataille de Santa Ines, la révolution est à la croisée des chemins. Les masses, et en particulier l’avant-garde, commencent à être fatiguées des discours. Lénine disait que les bavardages et la rhétorique avaient détruit plus d’une révolution. Il est temps de passer des paroles aux actes ! Le danger de la contre-révolution ne peut être écarté qu’en menant une révolution dans la révolution. Mais c’est uniquement possible sur la base d’une politique marxiste.

Il y a longtemps de cela, Marx et Engels soulignaient que les communistes ne forment pas un parti séparé des autres partis de la classe ouvrière, ou opposés à eux. Les marxistes sont la section la plus avancée du mouvement ouvrier. Tous les révolutionnaires marxistes doivent s’efforcer de rassembler les masses autour du programme de la révolution socialiste, qui doit être exprimé dans une série de revendications transitoires – des plus petites revendications économiques, sociales ou démocratiques jusqu’à la conquête du pouvoir. Nous devons nous efforcer de créer des liens avec la masse des travailleurs, des paysans et de la jeunesse révolutionnaire, que l’on trouve aujourd’hui dans les rangs du mouvement bolivarien.

Notre première tâche est d’unir l’avant-garde ouvrière – les éléments les plus avancés du salariat et de la jeunesse – autour du programme de transition de la révolution socialiste. Mais nous ne devons pas nous séparer des masses des bolivariens révolutionnaires qui luttent contre les dangers jumeaux de la contre-révolution et de l’impérialisme. Les camarades du Courant Marxiste Révolutionnaire (CMR) ont commencé ce travail et doivent être pleinement soutenus par les marxistes du monde entier.

Les sectaires qui passent leur temps à attaquer Chavez et à diviser le mouvement révolutionnaire ne font que discréditer le nom du marxisme aux yeux des masses. Dans le Manifeste du Parti Communiste, Marx et Engels, les fondateurs du socialisme scientifique, expliquaient que la place des communistes est dans le mouvement de masse, non en dehors. Disons les choses clairement : en dehors du mouvement bolivarien – c’est-à-dire en dehors du mouvement des masses vénézuéliennes – il n’y a rien.

Les impérialistes et les contre-révolutionnaires comprennent l’importance du mouvement bolivarien, et tentent de le miner de l’intérieur au moyen de la corruption et en créant une Cinquième Colonne dans la direction du mouvement. En conséquence, la lutte contre la réaction est impossible sans une lutte résolue contre l’aile l’opportuniste du mouvement et les éléments pro-bourgeois de sa direction.

La seule façon de vaincre la contre-révolution et de mener les masses à la transformation socialiste de la société, c’est de conduire une lutte déterminée contre l’aile droite du mouvement bolivarien, d’écarter les opportunistes, les carriéristes et les bureaucrates, de façon à transformer le mouvement en un instrument révolutionnaire capable de diriger effectivement les masses.

Les meilleurs dirigeants du mouvement ne sont ni les politiciens professionnels, ni des bureaucrates, mais ceux qui viennent des masses et qui n’ont d’autre intérêt que la défense des intérêts des travailleurs et des paysans. Nous demandons que les salaires des dirigeants ne dépassent pas ceux d’un ouvrier qualifié. Toutes les dépenses doivent pouvoir être inspectées par la base, et tous les dirigeants doivent être élus et révocables.

Pour mener une lutte sérieuse contre l’opportunisme et la bureaucratie, l’avant-garde ouvrière doit être organisée. Telle est la tâche la plus urgente des marxistes vénézuéliens, qui doivent se battre dans le cadre du mouvement des masses, frapper sur l’ennemi de classe, tout en expliquant patiemment aux travailleurs et aux paysans avancés la signification des événements et le programme du socialisme révolutionnaire, et ce dans un langage accessible à la masse de la population. Telle est la tâche du CMR, la section vénézuélienne de la Tendance Marxiste Internationale.

Le destin de la révolution vénézuélienne est organiquement lié aux perspectives de la tendance marxiste. Les marxistes vaincront ou chuteront selon qu’ils seront, ou non, capables de pénétrer le mouvement bolivarien et de le gagner au programme du socialisme révolutionnaire. Et le mouvement bolivarien vaincra ou chutera selon qu’il sera capable, ou non, de dépasser les limites de la révolution bourgeoise-démocratique, c’est-à-dire d’exproprier l’oligarchie et de mener à bien la révolution socialiste – non seulement en paroles, mais dans les faits.

Barcelone, août 2006

 

[1] Nom que Chavez avait donné à la campagne référendaire d’août 2004, en référence à une bataille remportée par Ezequiel Zamora contre l’oligarchie de Caracas, en 1859.

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