Les législatives et après : construire l’alternative à la régression sociale et au nationalisme

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Macron est un président de droite. Son gouvernement poursuivra l’œuvre destructrice des gouvernements précédents. Il commencera par la suppression de ce qui reste des dispositions positives dans le Code du travail, effaçant ainsi le fruit d’un siècle de luttes ouvrières. En faisant sauter même des maigres protections légales qui figuraient dans le Code, les capitalistes veulent affaiblir les syndicats et réduire les travailleurs à une simple matière brute à exploiter, facilement embauchés ou virés, selon qu’ils soient rentables ou pas. Ainsi, malgré toute la propagande médiatique selon laquelle l’arrivée au pouvoir de Macron marquerait l’avènement d’une « nouvelle ère » pour la France, sa politique ne distinguera de celle de Hollande que dans quelques détails. Sur toutes les questions sociales et économiques importantes, comme dans sa politique internationale, Macron défendra les intérêts exclusifs des grands groupes capitalistes. Contre les travailleurs, contre les retraités, les chômeurs, les jeunes, il mènera une offensive implacable contre les conquêtes sociales, renforçant par tous les moyens possibles le pouvoir du patronat.

La montée du nationalisme et du racisme, incarnée par le Front National, s’inscrit dans cette progression générale des forces réactionnaires. Le nationalisme est un poison qui anéantit la conscience de classe pour mieux soumettre le « peuple » aux intérêts des puissants. Si les stratèges du capital ne sont pas encore prêts à remettre les clés du pouvoir étatique au Front National, cela les arrange bien ce que ce poison se répand dans la société. En dressant le « Français » contre l’« étranger », blancs contre noirs, en divisant les travailleurs entre eux sur des bases nationales, religieuses ou culturelles, la propagande du Front National rend un énorme service à la classe capitaliste. Les travailleurs qui sont divisés et aveuglés de la sorte seront incapables de se défendre, face à la régression sociale. Il sera plus facile de les intimider, de les discipliner. « Macronisme » et « Lepenisme » ne sont donc que deux pointes de la même fourche.

Aux élections législatives, La Riposte appelle à voter pour les candidats du PCF ou, à défaut, pour ceux de France Insoumise. Les députés de gauche, même minoritaires, auront un rôle crucial dans la nouvelle Assemblée Nationale. La position qu’ils occuperont leur permettra d’exposer et dénoncer les projets néfastes du gouvernement. Ils seront mieux placés que quiconque pour d’alerter la population sur les conséquences sociales et économiques de sa politique, et peuvent grandement contribuer à l’organisation de la résistance nécessaire. Le nombre de députés engagés dans ce travail aurait été plus important si le PCF et France Insoumise avait pu se mettre d’accord sur une stratégie électorale commune, mais ceci n’a pas été le cas. Mais en vérité, même si le rôle des députés en question est important, il sera forcément limité. Les batailles décisives contre Macron n’auront pas lieu à l’Assemblée Nationale, mais en dehors d’elle et contre elle.

La lutte des classes se déroule dans des conditions inégales. En face, nous avons une classe qui sait ce qu’elle veut. Elle est consciente de l’antagonisme entre ses intérêts et ceux de la masse de la population. Ses représentants, au gouvernement, au MEDEF, dans l’industrie médiatique et ailleurs, sont unis autour d’une stratégie offensive et un programme, et ne reculeront devant rien pour atteindre leurs objectifs. Mais de notre côté, il n’y a ni unité, ni stratégie, ni programme. Parmi les organisations syndicales créées pour défendre les salariés, il y en a dont les dirigeants collaborent directement avec l’ennemi, comme ceux de la CFDT et FO. Les médias qualifient ces syndicats de « réformistes », mais les lois et les accords qu’ils signent sont en réalité des contre-réformes. C’est la CGT, principalement, qui regroupe les forces syndicales les plus combatives. Marginaliser et entraver la CGT constitue l’un des objectifs majeurs de Macron et des capitalistes qu’il représente.

Pour Macron et les capitalistes, la « modernisation » de la France signifie la ramener à l’époque où les travailleurs étaient pratiquement sans défense face à la cupidité et l’acharnement des employeurs, où les salaires et les conditions de travail étaient déterminés par les « lois du marché », c’est-à-dire par la concurrence ruineuse entre les travailleurs dans un contexte de chômage de masse. Macron veut rendre la « liberté » aux employeurs et réduire les salariés à une version « moderne » de l’esclavage. Du côté du mouvement ouvrier, nous serons donc, nous aussi, obligés de revenir en arrière et de redécouvrir les idées et les pratiques militantes et les idées révolutionnaires de notre passé, celles qui caractérisaient la période de l’émergence et de la construction des organisations syndicales. La fin annoncée des conventions collectives, des « avantages » des salariés de la Fonction Publique, des sauvegardes légales du Code du Travail enlève tout ce qui s’apparentait à une sorte de « compromis social ». Elle signifie que la défense des intérêts des travailleurs passe désormais par l’organisation et la lutte. Le MEDEF et le gouvernement n’aiment pas les grèves, mais leurs actions les rendent inéluctables, désormais.

La lutte des classes est aussi une lutte idéologique, politique. Et là, aussi, nous devons puiser dans les idées et les aspirations de nos ainés. Disons les choses telles qu’elles sont. L’idéologie capitaliste, qui justifie l’ordre existant et le présente comme étant le seul possible, a marqué des points au cours de ces dernières décennies. L’offensive idéologique a eu des conséquences au sein de nos propres organisations. Elle avait fortement impressionné les dirigeants du PCF, par exemple, qui ont progressivement vidé le programme du parti de tout ce qui remettait en cause la propriété capitaliste et allait jusqu’à cautionner des privatisations. S’ils dénoncent quotidiennement les conséquences sociales et économiques du capitalisme, ils n’envisagent plus aucune alternative à celui-ci. Cette dégénérescence réformiste est responsable de la contraction de la base sociale, électorale et militante du PCF, qui ne sera réversible qu’à condition de renouer avec les idées et le programme du socialisme – ou du communisme, c’est la même chose – dans les bases théoriques, le  programme et l’action politique du parti. La Riposte a été créée pour contribuer à la réalisation de cette nécessité vitale. Quant au programme de France Insoumise, même s’il a l’avantage considérable que d’avoir été vigoureusement défendu (le contraste entre la combativité énergique de Mélenchon et la médiocrité grisâtre de l’équipe dirigeante du PCF est saisissante), reprend néanmoins les traits essentiels de celui du PCF en ce qu’il est un programme défensif qui ne présente pas une alternative au capitalisme.

Notre propos n’est bien évidemment pas de remplacer les revendications et luttes immédiates sur les salaires, les conditions de travail, la défense de l’emploi, les retraites, la sécurité sociale, etc. par un appel à la révolution. Il s’agit d’établir le lien, dans la conscience des salariés, entre leurs problèmes et préoccupations immédiats et la nécessité d’en finir avec le capitalisme. Cette « fin du capitalisme » passerait nécessairement par la prise de contrôle de tous les leviers de l’économie nationale par les travailleurs eux-mêmes, c’est-à-dire par l’expropriation de la classe capitaliste, ouvrant la voie à planification démocratique de l’économie, enfin libérée de la loi du profit capitaliste.

L’absence d’une alternative au capitalisme dans la conscience de la masse des travailleurs est un facteur majeur, pour ne pas dire le facteur décisif, dans les processus à l’œuvre dans la société française, actuellement. Elle a des répercussions dans le raisonnement des travailleurs qui se demandent comment sortir de l’impasse actuelle. Si le capitalisme est le seul système possible, après tout, il va falloir faire avec, et au nom du « réalisme » ou du « pragmatisme », tenir compte de son mode de fonctionnement. Beaucoup de travailleurs ont une opinion positive de revendications et des propositions de la CGT, du PCF ou de France Insoumise, mais ils savent que celles-ci vont directement à l’encontre des intérêts de ceux qui dirigent les entreprises, qui dominent l’économie, de ceux qui ont le pouvoir, en somme. Que feraient les patrons si le SMIC était porté à 1700 euros par mois ? Que feraient-ils si la loi imposait une réduction de la semaine de travail sans perte de salaire ? Que feraient-ils si l’Etat les taxait davantage pour financer les services publics et la sécurité sociale ? Tous les salariés connaissent la réponse à ces questions. Le plus souvent, les patrons réduiraient le nombre de salariés ou alors mettraient les clés sous la porte. La baisse des investissements et la fuite des capitaux exerceraient une pression implacable sur le gouvernement. Quelle est donc la solution ? Le réformisme – qui n’ose pas toucher à la propriété privée des entreprises – n’en a pas. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que le réformistes, même « de gauche » — de Mitterrand à Tsipras, et tant d’autres — ont tendance à renoncer à leurs programmes dès qu’ils arrivent au pouvoir. Une conclusion s’impose. Pour empêcher le sabotage patronal et sauvegarder l’acquis des luttes, il faut priver les capitalistes de leur pouvoir économique. Appelez cela nationalisation, socialisation, comme vous voulez. Le contenu est le même : il s’agit de mettre fin à la propriété privée des entreprises et de transférer le pouvoir aux travailleurs. Ces idées figuraient largement dans le programme de la CGT et du PCF – et même, à vrai dire, dans les années 70, dans ceux de la CFDT et du PS ! – et contribuaient à façonner la conscience politique et des pratiques militantes du mouvement ouvrier de l’époque.

L’horizon s’assombrit pour notre classe. Qu’on n’imagine pas que l’exaspération et le désespoir que répand le capitalisme ne peuvent pas se déverser dans les canaux du nationalisme, du racisme et du communautarisme. C’est précisément ce qui est en train de se passer ailleurs en Europe et, en France, avec la montée en puissance du Front National. Bien des enquêtes indiquent que plus que 30% des « ouvriers » votent pour le Front National. C’est un avertissement grave. Si le mouvement ouvrier n’indique pas de chemin pour sortir de l’impasse capitaliste, ce sont des forces encore plus réactionnaires que celles qui tiennent les rênes de l’État actuellement qui prendront le dessus. Si le chômage de masse – inévitable sous le capitalisme de notre époque – persiste, le programme de la « préférence nationale » trouvera tôt ou tard une assise de masse. Macron perdra sa « popularité » apparente. Mais au profit de qui ? La réponse à cette question dépend de la capacité du mouvement ouvrier à dépasser les limites étriquées du réformisme et présenter un projet de société socialiste.

Greg Oxley. PCF Paris 10

 

 

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