L’emploi, l’offre et la demande

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Les salons de l’emploi fleurissent partout en France. A chaque ville son salon, plusieurs pour les plus grandes, orientés par secteur ou par tranche d’âge. Rien que pour l’Ile-de-France, on en compte plus de 50 pour 2017[1]. Le plus important est le salon du mois d’octobre, Paris pour l’emploi : en 2016, il aurait réuni 10 000 offres d’emploi. Chaque année, il fait l’objet d’un battage médiatique intense. Le message que l’on souhaiterait nous inculquer est le classique « Oui, du travail, il y en a. Il suffit de chercher ». Ils aimeraient qu’on oublie à quel point ce chiffre de 10 000 « offres » est dérisoire comparé à la « demande » d’au moins 6 millions en ne comptant que les chômeurs officiels.

Au-delà des chiffres, il n’est pas inintéressant de se demander qui, dans cette histoire, offre et qui demande ? Habituellement, on considère que celui qui vend est celui qui offre, et celui qui achète est celui qui demande. Un patron offre-t-il du travail ? Non, il possède l’outil de production (qui peut prendre selon les métiers des formes diverses), mais pour le faire tourner, il a besoin de main-d’oeuvre, de faire appel à des travailleurs. Il n’offre rien : il embauche s’il pense que cela va augmenter ses bénéfices. Dans ce cas, il est prêt à “acheter” de la main d’oeuvre et donc à se mettre en position de demandeur de force de travail.

Le travailleur demande-t-il un emploi ? Il demande surtout à vivre dignement, et pour cela il a besoin de revenus. N’ayant ni rente, ni dividende, la majorité des travailleurs ne peuvent compter que sur un salaire direct ou, autre forme de redistribution des richesses, les différents types d’indemnisations publiques. Un salaire s’obtient en contrepartie d’un travail fourni, ce qu’un travailleur « offre » au patron, ce qu’il lui vend, c’est sa force de travail (là aussi, selon le secteur, celle-ci peut prendre des formes diverses). Cette force de travail est la source de création de toute richesse. Autrement dit, dans le cadre du capitalisme, le contrat de travail est la promesse de l’employeur de rétribuer le travailleur par… une fraction des richesses que ce dernier a créées. Drôle de transaction !

Dans les faits, on pourrait facilement rétorquer que ce ne sont là que des élucubrations rhétoriques. La raison en est simple : dans cette transaction, le rapport de force est largement en faveur de celui qui achète, du patron. Dans ce contexte de crise profonde du capitalisme et de chômage de masse chronique, il y a au moins un chiffre en pleine croissance : celui de la précarité. Pour vivre, ou de plus en plus pour survivre, les travailleurs doivent se vendre, même si cela doit se faire au rabais. La concurrence entre salariés – entre celui qui a du travail et celui qui n’en a pas, entre les travailleurs de nationalités différentes ou de sexe différent – est utilisée pour diminuer la valeur de la force de travail et pour briser les conquêtes sociales qui offraient une certaine protection collective aux travailleurs.

Ce rapport de force réel se traduit dans le langage par une inversion des mots. L’idée derrière est de montrer un patron généreux – puisqu’il offre – et de mettre le salarié en position de demande et donc de faiblesse. Le socialisme, en rendant la propriété des moyens de production collective, permettrait aux salariés d’offrir leur force de travail et leur ingéniosité non pas à une minorité d’exploiteurs pour les enrichir, mais à la société tout entière, sans rapport d’exploitation d’une classe par une autre. Et pour cela, la demande est immense !

Boris Campos, PCF 35

[1] http://www.evous.fr/Agenda-emploi-Paris-forum-salon-recrutement-jobs-1180481.html

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