Les facteurs du Havre en lutte

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Parmi les revendications courantes des travailleurs, il y a celle de la « pause méridienne ». Cette pause d’au moins 45 minutes, non comprise dans le temps de travail, est accordée après négociation collective par l’employeur au salarié et lui permet de se restaurer. La Poste ne s’est jamais intéressée jusqu’ici à cette pause méridienne. Mais aujourd’hui, elle voit bien comment l’utiliser à son avantage. Pour comprendre ce revirement, il faut comprendre ce que dit la loi.

La loi dit que pour 6 heures consécutives de travail, l’employeur doit accorder 20 minutes de pause, comprise dans le temps de travail. Or depuis 10 ans, La Poste est en pleine recherche de productivité par n’importe quels moyens. 100 000 emplois ont déjà été supprimés. Son objectif aujourd’hui est de voler les 20 minutes de pause méridienne de chaque facteur afin de supprimer encore plus de tournées et donc de postes,  grâce à la pause. En effet, le calcul est simple. En mettant une pause méridienne vers 12h00 à chaque facteur, elle n’est plus obligée de donner les 20 minutes de pause obligatoire et elle les remplace par 45 minutes de pause non comprises dans le temps de travail. Elle gagne donc 20 minutes par facteur. Si nous prenons le cas du centre de facteur du Havre, avec 80 facteurs, La Poste supprime 4 postes en imposant cette pause. L’application de ce même schéma à l’ensemble de La Poste permettrait de supprimer supprime un facteur sur vingt !

La réalité du terrain est que la tournée journalière du facteur dure 6h30, 6 jours sur 7 (soit 39 heures par semaine). Les facteurs ne veulent pas de cette pause méridienne qui signifierait une dégradation de leurs conditions de travail. Ils ont bien compris que c’est un moyen de supprimer des emplois. Les facteurs commencent leur tournée entre 7h et 7h30 et la finissent entre 13h30 et 14h00. Les 20 minutes de pause comprises dans leur temps de travail sont largement suffisantes pour prendre un encas vers 10h30 et tenir ainsi jusqu’à 14h00. Ils n’ont pas envie qu’on leur impose une pause non comprise dans leur temps de travail pour manger sur leur vélo, sur leur scooter ou dans leur voiture, entre deux boites aux lettres. En plus de bouffer dehors comme des chiens, ils ne veulent pas qu’on leur rajoute 20 minutes quotidiennes de travail supplémentaire non rémunérées.

Les facteurs du Havre sont très remontés contre la décision unilatérale d’imposer cette pause méridienne. Ils se sont mis en grève depuis plus d’un mois, soutenus par la CGT, FO et SUD (la CFDT se plaçant, comme presque toujours, du côté de la direction). Jusqu’à aujourd’hui, la direction refuse toute négociation. Comme d’habitude, elle s’assoit sur la loi et essaie par tous les moyens d’endiguer le mouvement en faisant appel aux briseurs de grève. Elle a ouvert des centres de tri parallèle dans le calvados et assigné les délégués du personnel en justice pour faire lever les blocages. Le jugement a eu lieu, mais le tribunal n’a décidé aucune poursuite contre les délégués du personnel et a exigé que La Poste entame des négociations. Depuis un mois, faisant fi des décisions de justice, la direction de La Poste reste sur ses positions et ne négocie toujours rien.

Le combat des facteurs du Havre sera bientôt le combat de tous les facteurs. En février 2015, La Poste de Basse-Normandie avait essayé d’imposer la pause méridienne à ses facteurs, 1200 grévistes se sont mobilisés et la direction a dû reculer.

La Poste cherche maintenant à imposer la pause méridienne localement, bureau par bureau, afin de diviser les travailleurs et éviter de se confronter à des grèves massives. Aujourd’hui, c’est au tour du Havre et nous savons que pour 2017 elle compte passer en force à Mantes-la-Jolie et Aubergenville. Dans ces deux bureaux, les facteurs sont déjà prêts à la lutte. Ils ont été informés par la CGT FAPT 78. La Poste 78 risque de se confronter à une grève départementale. Les facteurs savent que la bagarre sera longue et difficile, mais ils ne lâcheront rien pour défendre l’emploi. Ce sont ses travailleurs eux-mêmes qui doivent décider démocratiquement de leurs conditions de travail et non pas une poignée de bureaucrates et de « managers » avides, à la solde du capitalisme et décidés à casser le service public pour s’enrichir toujours plus sur le dos des travailleurs et de la grande majorité de la population.

Fabien Lecomte CGT 78

 

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