Communautarisme et nationalisme : deux faces d’une même médaille.

0

Dans tous les régimes à tendance bonapartiste plus ou moins prononcée, la classe politique instrumentalise un phénomène qui n’est pas nouveau : le communautarisme. Bien qu’ayant la même racine étymologique que le communisme, le communautarisme s’en distingue de par sa dimension d’union d’individus qui se définissent dans une communauté en excluant ceux qui n’en font pas partie. Les exemples de sentiment d’appartenant à une communauté sont multiples. Ce sentiment est toujours plus ou moins naturel, en fonction qu’il soit plus ou moins fort. Il est rassurant, il nous rappelle d’où on vient, ce qu’on aime ou ce qu’on a aimé, il nous rassemble avec des gens qui nous ressemblent et qui partagent les mêmes points communs. Le communautarisme n’est pas une mauvaise chose en soi, il le devient uniquement lorsqu’il est exacerbé et qu’il combat le « vivre ensemble ». Aujourd’hui le communautarisme est agité comme un gros mot et on cherche à nous faire oublier que l’on fait tous partie d’une ou plusieurs communautés. Mais en réalité ce n’est pas n’importe lequel des communautarismes qui est combattu, mis à l’indexe et pointé du doigt. Le seul qui mérite les foudres de nos politiques et de leurs chiens de garde : c’est le communautarisme musulman. D’autres, au contraire sont naturels et même l’un d’entre eux est particulièrement glorieux : le patriotisme français.

Abreuvé par les médias mais aussi par les fanatiques religieux de DAESH, le climat nationaliste se développe également et se propage, tel un poison, dans les rangs des travailleurs. Tous les mois, voire toutes les semaines, les médias nous trouvent un nouveau sujet de conversation ne laissant jamais retomber les braises qui animent les sentiments communautaristes. Il est intéressant de regarder le profil des Français qui deviennent les kamikaze de DAESH et il est nécessaire de comprendre leur parcours idéologique. En règle générale, nous avons affaire à de jeunes hommes Français d’origine maghrébine, de banlieue, qui appartiennent au sous-prolétariat, avec souvent un casier judiciaire, ayant passé par la case prison pour des délits de petite délinquance et qui se radicalisent. Or ceci n’est pas un hasard. Le terreau le plus fertile à l’idéologie islamiste se trouve là où ce développe le sentiment de rejet. Là où il y a des hommes qui sont rejetés par un Etat qui les parque dans des banlieues minables, par des médias qui les montrent du doigt, par un patronat qui refuse de les embaucher à cause de leurs origines, par des policiers qui les contrôlent 6 fois par jour, par l’école qui n’arrive plus à les insérer, bref le fanatisme religieux attrape celui qui n’a plus rien de commun avec la société dans la-quel il vit. L’islam radical se développe dans se rejet constant et devient beaucoup plus le rejet de l’Occident que le rejet du capitalisme. En l’absence de perspective d’avenir, d’objectifs clairs, de stabilité et d’idéologie, l’islam radical remplace l’Etat mais aussi le communisme qui n’est plus dans les quartiers. Celui qui ne partage plus aucun lien et est rejeté de toutes les communautés, en trouve une autre qui lui ouvre grands les bras.

Mais la faute n’est pas uniquement due aux décrochages des banlieues et au manque de perspectives. Le phénomène d’exclusion à lieu depuis les années 70 et ce n’est qu’aujourd’hui où nous en subissons les conséquences directes. Il vient aussi du nationalisme exacerbé et l’instrumentalisation du Front National à des fins politiques. Mitterrand l’avait bien compris : pour que le parti socialiste gagne, il faut que le FN soit fort car c’est le FN qui divisera la droite et c’est grâce à la peur de FN que le PS peut jouer sur le vote utile des braves gens. Si nous prenons le quinquennat de Hollande, le FN n’a eu de cesse d’être mis en avant. D’abord en orientant le débat sur un unique sujet : la sécurité. Supprimant soigneusement les sujets délicats comme le chômage, les bas salaires, le manque de logements et plus généralement masquant la casse de nos conditions de vie et de travail. Ensuite grâce aux médias qui ne présentent plus que 3 partis : le PS, les Républicains et le FN. Dans n’importe quelle émission politique de grande écoute, vous n’avez plus de représentant de la gauche mais uniquement un discours plus ou moins libéral et sécuritaire. Enfin, grâce aux résultats électoraux : élections départementales puis régionales où le PS n’a réussi à sauver que quelques régions uniquement grâce au vote utile. Le FN a le vent en poupe grâce au gouvernement qui d’une part instrumentalise sa montée et d’autre part a trahi les travailleurs qui de leur côté cherchent des solutions là où on leur en présente. Mais la monté du FN n’est pas anodine : c’est elle qui nourrit la montée du fascisme vert et inversement.

 

Dans les médias, la parole raciste se déverse, mais aussi sur les terrains de sport, dans les lieux de travail, dans les trains, en attendant le bus. Celle-ci se propage comme la gangrène et elle devient anodine. Le racisme n’est plus un délit, il devient une opinion. Avec Marine Le Pen, le FN se dédiabolise, le fascisme prend alors un visage humain et devient de plus en plus omniprésent. Si présent que dans les rangs de la police, 50% d’entre eux se disent ouvertement FN. Or dans les banlieues les plus chaudes il n’y a plus que la police, les mafias et l’islam qui rentre encore en contact avec cette jeunesse exclu. Quelque milieu associatif ont encore le mérite d’exister mais la réalité est qu’ils ont des moyens dérisoire et toujours en baisse. D’un côté ils ont le discourt discriminant et les hommes de l’état qui viennent l’appliquer et de l’autre les mafias qui sont la seule perspective de gagner sa vie et enfin un islam qui leur ouvre les bras. Qu’aurions nous choisi à leur place ? Ce que l’on peut noter c’est que les futurs terroristes ont d’abord choisi la mafia, puis goûté à la police, avant de tomber dans le fanatisme religieux. Bien sûr ceci est généralisé : « il y en a qui s’en sortent » parait-il, mais la question c’est combien ne s’en sortent pas ?

A chaque nouvel attentat (10 attaques plus ou moins meurtrières depuis 2015), l’émotion est légitimement de plus en plus forte. Chacun se demande quand cela va cesser et comment faire pour que cela s’arrête. Dans la tête de beaucoup, cette rengaine passe en boucle : et si c’était moi, et si c’était ma femme, mon fils, mon père ou ma mère. Si certains pouvaient garder leur sang froid dans les premiers attentats, ils sont toujours de plus en plus nombreux à chaque nouvel événement à chercher des solutions radicales. « Plus jamais ça ». A chaque attentat,  nous retombons alors dans la boucle infernale : les médias stigmatisent la communauté musulmane qui, elle, réellement impuissante devant ses vagues, supplie de ne pas la stigmatiser. Les mêmes experts passent à la télé, le FN est invité sur tous les plateaux, la droite adopte le discourt extrême et petit à petit certains deviennent de plus en plus prêts à sacrifier un peu de liberté pour plus de sécurité. Malgré la vague sécuritaire, le gouvernement se montre incapable d’endiguer le phénomène mais en même temps se frotte les mains car rappelon-le : un FN fort est la meilleure perspective pour un PS au pouvoir. Ayant trahi les citoyens, Hollande n’a plus que la carte du vote utile et se présentera en 2017 comme le gardien du temple des libertés républicaines face à une droite et extrême droite qui prennent un virage ultra-sécuritaire. La campagne 2017 est lancée, le FN monte et la parole raciste se libère. Au dernier attentat de Nice nous avons pu assister au pitoyable spectacle d’une femme d’origine maghrébine insultée et conspuée par la foule qui lui disait de « rentrer chez elle » alors qu’elle avait perdu de la famille dans l’attentat. Actuellement c’est une nouvelle attaque à la communauté musulmane qui est faite. Les médias nous sortent de derrière les fagots le « burkini », phénomène ultra minoritaire de femmes qui se baignent habillées et tout le pays s’engouffre dedans. Les maires interdissent la pratique de quelque chose qui n’existe pas et des incidents ont eu lieu en Corse qui ressemblent de plus en plus à des pogroms. La machine médiatique s’emballe vers un discours qu’elle connaît par cœur, le discours est rodé et les conséquences sont connues.

La communauté musulmane se sent légitiment stigmatisée. Tous les musulmans voient le spectacle de leur rejet directement à la télévision, sur internet, dans les réseaux sociaux et même maintenant sur les plages. Certains, déjà au ban de la société, sont prêts à basculer et DAESH et leurs sbires se frottent les mains. S’il y avait une chance de pouvoir s’insérer dans la société, tout le monde est témoin d’une fracture qui se fait de plus en plus flagrante. Alors deux choix s’imposent, essayer de faire le grand écart, essayer de toujours « vivre ensemble », nager à contre-courant et prendre des coups ou bien choisir sa communauté et le refuge, dans les mains de ceux qui nous ressemblent. Le nationalisme et le communautarisme sont deux faces d’une même pièce et ils se nourrissent l’un et l’autre. Nous sommes clairement rentrés dans un cercle vicieux mais les choses ne sont pas immuables.

 

Combattre le nationalisme c’est combattre le fanatisme religieux, combattre le fanatisme religieux c’est combattre le nationalisme et c’est là que les communistes ont un rôle à jouer. Nous ne pouvons plus rester aux grands principes et aux belles attentions. Nous ne pouvons pas non plus tolérer les fanatiques et des pratiques religieuses discriminantes et sexiste. Il est nécessaire que les communistes reprennent les choses en mains. Le Parti Communiste doit réinvestir les quartiers populaires. Il est absolument nécessaire d’expliquer aux jeunes que les causes réelles de leur isolement sont dans le fonctionnement du système capitalisme et que nous sommes dans le même bateau. C’est ensemble que nous devons le faire chuter. Il est nécessaire de ne pas laisser le champ libre aux religions qui exploitent et se nourrissent de leur misère. S’il n’y a qu’une seule communauté de légitime c’est celle des travailleurs et des laissés pour compte. Nous savons que c’est plus facile à dire qu’à faire mais nous ne passerons jamais par l’économie de l’action. La période est critique. La victoire du fascisme vert ou brun sonnera la défaite du communisme et des travailleurs. Il n’est pas trop tard pour passer à l’action mais nous n’avons déjà plus de temps des déclarations de bonnes intentions. Le parti communiste à un rôle à jouer : jouons le

Share.

About Author

Laisser une réponse