Sous-alimentation et gaspillage alimentaire

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L e 27 mai 2014 à Montpellier, trois jeunes sans ressources et adeptes d’un mode d’alimentation anti-consumériste se sont fait arrêter par la police.

Ils ont été interpellés prélevant de la nourriture préalablement jetée par un magasin de la grande distribution. Celui-ci avait jeté cette nourriture car elle était arrivée à trois jours de sa date limite de consommation. Ces jeunes, une étudiante, un chômeur et un technicien du spectacle ont été jugés le 3 février dernier. Ils ont été reconnus coupables de « soustraction de nourriture », mais dispensés de peine.

Cette injustice illustre la gabegie du gaspillage alimentaire en France et dans le monde. En effet, 600.000 tonnes de nourriture sont jetées annuellement en France par la grande distribution, soit 22 tonnes par magasin et par an toutes tailles confondues. Ces magasins jettent la nourriture pour des raisons aussi stupides qu’un mauvais étiquetage ou un emballage endommagé, la nécessité pour les distributeurs de renouveler constamment leurs rayons, ou une mauvaise planification des approvisionnements. Dans le monde, c’est un tiers de la nourriture qui est jetée tout au long de la chaîne de transformation allant du champ à l’assiette.

Dans le même temps, la faim continue à frapper et la crise globale du capitalisme ne fait qu’aggraver le phénomène. En France, les Restos du cœur ont distribué 130 millions de repas en 2013 pour 1 million de personnes accueillies. La même année, 40.000 bébés de moins de 18 mois ont été aidés par l’association caritative. Les précaires sont les plus touchés par la sous-alimentation puisque deux tiers de cette population dépensent moins de 3,5 euros par jour et qu’il est fréquent que la moitié d’entre eux ne mange pas pendant au moins 1 jour. Ces chiffres, tirés d’une étude de Médecins du Monde datant de 2014, soulignent à quel point la France n’est pas épargnée par le fléau de la sous-alimentation. Dans le monde, ce sont plus de 800 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim.

Quelles réponses sont données par le système face à la gabegie qu’il génère ? En juin 2013, le gouvernement « socialiste » a institué un « Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire ». Il s’agit d’un ensemble de mesures superficielles visant à culpabiliser les consommateurs tout en préservant les intérêts des distributeurs. Ainsi, des actions de communication sont prévues à l’usage du public, et les capitalistes ont pour seule obligation de mesurer les quantités de nourriture jetées par eux-mêmes, et ce dans le cadre de la « Responsabilité Sociale des Entreprises ». Une norme a été changée, instituant le remplacement de la mention « DLUO » ou « Date Limite d’Utilisation Optimale » par la mention « A consommer de préférence avant le … ».

Et pour lutter contre la faim, l’Etat délègue au secteur privé le soin de distribuer la nourriture aux plus pauvres. Ainsi, il est à l’origine de 2,4% des denrées collectées chaque année par la Banque Alimentaire, alors que les distributeurs en donnent à hauteur de 31,3%. Ces quantités représentent moins de 32.000 tonnes, alors que 200.000 tonnes jetées annuellement par les grandes surfaces sont encore propres à la consommation. Un projet de loi signé par une soixantaine de députés de tous bords prévoit d’obliger les grandes surfaces à donner tous leurs invendus aux associations caritatives, mais sans préciser les mesures coercitives à mettre en place.

Il est donc très facile de s’en prendre aux plus démunis lorsque la responsabilité incombe aux nantis. Sans contrôle ouvrier sur la production et la consommation, le gaspillage et la sous-alimentation continueront d’exister. La seule solution pour que la société puisse profiter des richesses qu’elle génère, c’est de s’approprier les outils de production de façon collective et démocratique.

RB

PCF Paris

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