Le fantasme des 500 000 emplois vacants

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E n 2008, Sarkozy déclarait qu’il existait 500 000 offres d’emplois par an qui ne trouvaient pas preneur. L’objectif était alors de faire passer les chômeurs pour des fainéants assistés. Il était plus facile de justifier la nécessité de baisser leurs indemnités, mais également de faire passer la pilule des 8 % de chômage incompressible. Aujourd’hui, tandis que le chômage atteint les 10 %, le MEDEF nous sort le chiffre de 600 000 emplois vacants pour 2014. Une hausse d’emplois vacants devrait logiquement être une bonne nouvelle pour les chômeurs qui voient leur possibilité de retrouver du travail augmenter mais aussi pour les travailleurs car cela devrait améliorer leurs conditions de travail. Mais comment est-il possible que le chômage ne cesse d’augmenter alors qu’en l’espace de six ans la France a créé, selon le MEDEF, 100 000 emplois non pourvus supplémentaires ? Ceci est économiquement irrationnel.

Comme on se l’imagine aisément, ces emplois sont complètement fictifs et l’astuce de leur création repose alors sur plusieurs leviers trompeurs. La fourberie du MEDEF s’explique par le fait que Pôle Emploi n’accueille qu’un tiers des offres d’embauches françaises. Il s’agit alors de tripler tout bêtement le volume des propositions d’emplois qui n’ont pas été pourvus à Pôle Emploi.

Ainsi en 2012, 126 000 emplois n’ont pas été officiellement pourvus via Pôle Emploi ; donc le MEDEF multiplie le chiffre par trois pour avoir le nombre d’emplois vacants. On se rend alors compte que, même avec ce calcul hasardeux, nous sommes loin des chiffres officiels. Le chiffre de 126 000 emplois non pourvus à Pôle emploi repose aussi sur deux astuces farfelues. D’abord le nombre d’emplois non pourvus correspond au nombre d’offres retirées des fichiers de Pôle emploi sans avoir conduit à une embauche de la part de Pôle Emploi. Ceci ne signifie alors absolument pas que l’employeur n’a pas trouvé de travailleur mais seulement que le travailleur n’est pas passé par Pôle emploi. En effet le MEDEF suppose hypocritement que les offres d’emploi n’ont pas de doublons. Or la même annonce d’emploi peut se retrouver à Pole Emploi, en agence d’intérim, à la chambre des métiers, via des sites internet, etc. Si Pôle Emploi n’accueille qu’un tiers des offres, alors la preuve est faite que les employeurs passent par d’autres canaux. Or, statistiquement pour le MEDEF, une même offre qui se retrouve dans trois agences représentera trois emplois vacants. Lorsqu’un chômeur accédera à une des offres, il laissera alors deux emplois vacants sans qu’aucun chômeur n’ait refusé les deux autres ! Leurs chiffres sont alors totalement faux.

L’autre mensonge repose sur la nature même des offres que propose Pôle emploi car l’agence collectionne les offres les plus difficiles et absurdes. De nombreuses annonces ne trouvent pas preneur sans que l’on puisse pointer du doigt les chômeurs. On trouve ainsi des recruteurs inexpérimentés qui réalisent de mauvaises annonces, des postes inexistants qui permettent juste aux recruteurs de se constituer une base illégale de CV mais aussi et surtout des salaires ridicules par rapport aux compétences demandées. Nous retrouvons aussi de nombreuses offres qui ne permettent pas à un travailleur de vivre, par exemple : « nettoyage industriel, 1h/semaine, 9 € de l’heure ». Les chômeurs à la recherche d’emplois à plein temps ne s’intéressent pas à ces emplois courts qui n’ont pas leur place à Pôle emploi. Pourtant ces contrats absurdes de 1h/semaine comptent pour le Medef comme un emploi vacant.

Le seul chiffre sur lequel nous pouvons nous fier est le chiffre de création d’emplois. 21 millions d’emplois ont été déposés à l’URSSAF en 2012 dont 3 millions de CDI et 18 millions de CDD. Or même si nous considérions les faux chiffres du MEDEF comme étant plausibles, alors cela signifierait que 98 % des propositions d’embauches trouvent un travailleur. Nous pourrions en conclure qu’un chômeur a très peu de chance de se retrouver seul sur une proposition d’emploi, car il n’y a que 2 % d’entre elles qui ne trouvent pas preneur. Bref, chaque travailleur qui s’est retrouvé au chômage quelque temps peut faire le constat qu’il est très difficile de retrouver un travail et quasiment impossible de se retrouver sans concurrence sur ce travail. Si ceci est vrai pour les 18 millions de CDD, c’est encore plus vrai pour les 3 millions de CDI.

F.L.

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