« Charlie », nouvelle religion d’Etat, la liberté d’expression menacée

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L e 12 janvier, quelques jours après les terribles attentats de Charlie Hebdo, la journaliste Nathalie Saint-Cricq déclara sur un plateau de France 2 : « C’est justement ceux qui ne sont pas Charlie qu’il faut repérer […] Ce sont eux que nous devons repérer, traiter, intégrer ou réintégrer dans la communauté nationale ». Pour la machine médiatique et le gouvernement, l’équation est alors simple : « Charlie »  égale la liberté d’expression, la démocratie et la tolérance et « Pas Charlie » égale la barbarie, la terreur, le fanatisme etc. Les vieux dogmes religieux du bien et du mal sont alors remis au goût du jour dans une équation simpliste d’où aucune autre considération d’ordre social ne doit être prise en compte. Chaque citoyen reçoit l’ordre de se positionner pour le bien et donc « Pour Charlie » sous peine d’être « repéré, traité et réintégré dans la communauté nationale » à grands coups de peine de prison et d’exclusion.

Dès les attentats, le gouvernement a durci la loi contre le terrorisme ; n’importe qui ne se conformant pas au  dogme « Charlie » est susceptible d’être puni par la justice. La liste est longue des condamnations à de la prison ferme pour apologie du terrorisme. Moins d’un mois après les faits, c’est plus de 70 condamnations qui ont été prononcées et de nombreuses procédures sont encore en cours. Parmi les plus injustes, on retrouve ce jeune homme de 22 ans qui a écopé de deux ans de prison ferme pour apologie d’actes de terrorisme, car à son arrivée au commissariat pour vol de portable il a dit au policier qui le surveillait « sur la vie du prophète, tu vas aller en enfer ». Un autre jeune homme de 20 ans a crié « vive la Kalach » dans un centre commercial d’Orléans et il s’est vu condamné à 6 mois de prison ferme. Le jour même des attentats, sur Facebook, un habitant de Castres a écrit « c’est jour de fête », il a été condamné à 5 mois de prison ferme.

 En plus de ces condamnations, ce sont des centaines de personnes qui sont soupçonnées et auditionnées par la police pour une prétendue « apologie du terrorisme ». L’engrenage infernal du système touche alors n’importe quelle personne qui sort des clous « Charlie ».

Ahmed, 8 ans, a été convoqué par la police de Nice pour apologie du terrorisme. En effet, le lendemain des attentats, un professeur des écoles a parlé des attentats et a demandé à ses élèves : « Est-ce que vous êtes pour Charlie ou contre Charlie ? ». Le jeune Ahmed a alors eu la mauvaise idée de tenir des propos de « solidarité » avec les terroristes. Terrible erreur : l’enfant se retrouve en garde à vue au commissariat pour apologie de terrorisme, son professeur se voyant quant à lui transformé en auxiliaire de justice, au lieu de jouer son rôle de pédagogue.  Pour les intégristes républicains, un enfant de 8 ans qui dit qu’il est contre Charlie va tuer tout le monde, voiler les femmes et partir faire le Djihad en Syrie, c’est évident. Tous ceux qui ne sont pas pour Charlie doivent donc être   dénoncés à la police. Officiellement, l’Education nationale a recensé plus de 200 « incidents ». Oubliant l’essence même de l’éducation qui est la pédagogie, la ministre de l’Education Nationale a soutenu publiquement cette manière de faire : « Je le dis avec force, non seulement cette équipe a bien fait de se comporter ainsi, mais son travail de suivi, et pédagogique et social, est une œuvre utile et je l’en remercie. » D’ailleurs, dès le 14 janvier, la ministre avait fustigé les « trop nombreux questionnements » et les « questions insupportables » de certains élèves. Bien entendu certains échanges avec des élèves peuvent s’avérer difficiles, mais le métier d’enseignant consiste à y répondre par l’échange collectif, le développement de l’esprit critique et le raisonnement.

Parmi ces 200 incidents nous pouvons aussi parler de Jean-François Chazerans, professeur de philosophie, militant d’extrême gauche mais également selon l’Éducation nationale sbire occulte des terroristes islamistes. En effet, certains parents d’élèves (non présents pendant les cours) l’accusent d’avoir tenu des propos « déplacés » pendant la minute de silence. Selon le recteur de l’académie de Poitiers : « Le professeur a été immédiatement suspendu. Il fallait l’éloigner de ses élèves. La procédure suit son cours. Le conseil de discipline statuera (le 13 mars) sur la suite de sa carrière ». Le problème dans la « procédure » est qu’absolument personne ne sait exactement ce qu’a dit ce professeur. Aucun journaliste n’a pu savoir ce qui lui était reproché et lui même ne le sait pas : « Je ne sais pas ce qu’on me reproche. Je ne sais pas quel cours, quel débat, est concerné. On m’a juste dit “ce sont des propos qui ont été tenus en classe”. On évoque qu’il y avait eu des plaintes d’élèves et de parents qui sont montées directement au rectorat. Ma réaction de citoyen est de dénoncer avec force ces actes odieux, horribles. On ne peut quand même pas m’accuser d’avoir la moindre sympathie pour les djihadistes. Ce sont des groupes fascistes que je combats. Il n’y a pas eu une quelconque apologie du terrorisme lors de mes cours. Au contraire… ».

Peu importe ce que notre ami a réellement dit, la seule chose qui importe à l’Etat c’est que chaque citoyen soit : « repéré, traité et réintégré dans la communauté nationale ». Soyons Charlie ou on vous forcera à l’être.

Fabien Lecomte

PCF 28

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Un commentaire

  1. Pas besoin du FN les procedures d’exception sont deja en place, et les honnetes citoyens plus prompte a denoncer des islamistes fantasmés que de secourir leur voisin qui dors dans leur rues. Le climat malsain que nos gouvernants ont installés avec la complicité crasse des medias, pour qui liberté d’expréssion n’est qu’un slogan marketing, sert les idées extremistes et racistes propagées par les tenants du choc de civilisation. Pendant ce temps motus sur la désertification social et économique du pays.

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