Le gouvernement de Syriza face au sabotage capitaliste

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La victoire de Syriza en Grèce exprime un rejet massif de la politique d’austérité imposée par la « Troïka » composée de la BCE, du FMI de l’Union Européenne. Elle ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la lutte des classes en Grèce.

Depuis longtemps, l’Europe capitaliste s’enlise dans une crise économique, sociale et politique. C’est en Grèce que les conséquences sociales de cette crise ont été les plus dramatiques. L’économie grecque a connu un véritable effondrement. L’Etat est ruiné. Les conditions de vie des travailleurs et de la masse de la population se sont brutalement dégradées. Depuis 2008, la « Troïka » prétend vouloir sauver la Grèce. Mais elle n’a fait que l’étrangler. Le taux de chômage est passé de 7 à 27% en 6 ans.  Près de 60% des jeunes sont au chômage. Les salaires baissent. Les pensions ont été amputées de 25%. Tout cela pour régler la dette publique ? De 125% du PIB en 2010, elle est passée à 175% aujourd’hui.

Ce désastre social et économique est un grave avertissement adressé aux travailleurs de toute l’Europe. D’autres pays européens – dont   l’Espagne, le Portugal, l’Italie sont – avec un train de retard – sur la même voie que la Grèce. La France n’est pas loin derrière. Partout, le capitalisme européen est devenu totalement incompatible avec les intérêts de la masse de la population. Tant que les capitalistes conserveront le contrôle des banques, de l’industrie et de tous les rouages de l’économie, il ne sera pas possible d’en finir avec le chômage de masse et toutes les autres manifestations de la régression sociale. Ceci est une vérité incontournable qu’aucun parti, aucun syndicat et aucun gouvernement – y compris celui de Syriza – ne peuvent ignorer, sous peine d’être réduits à l’impuissance.

Les scènes de liesse en Grèce et à travers l’Europe à l’annonce de la victoire sont compréhensibles. Celle-ci a été arrachée sous les menaces et les tentatives d’intimidation de la part des institutions, des politiciens et des médias capitalistes. Cette élection marque une étape dans la bataille, mais seulement une étape. Toutes les forces du capital, en Grèce, en Europe et dans le monde, sont rangées contre le nouveau gouvernement. En plus de la situation économique et sociale désastreuse qu’il hérite du gouvernement précédent, il fera face à une politique délibérée et implacable de sabotage économique et politique.

La stratégie de la classe capitaliste est prévisible. Elle consistera à punir les travailleurs pour avoir osé la défier. Il y a aura une grève d’investissements et une fuite massive de capitaux. Les réformes voulues par le gouvernement seront bloquées, dénaturées, annulées. L’aggravation de la crise sera le fait des capitalistes et de leur système parasitaire et inique. Mais ses conséquences sociales seront imputées au « socialisme » de Syriza. Les capitalistes ne sont pas très nombreux. S’ils ont autant de pouvoir, s’ils sont capables de mettre n’importe quel gouvernement à genoux, c’est parce qu’ils contrôlent tous les leviers essentiels de la vie économique du pays. Si rien n’est fait pour briser ce pouvoir, le gouvernement de Syriza échouera. L’enthousiasme massif des premiers mois se transformera en une désillusion profonde. Le désespoir profitera à la réaction – et surtout aux fascistes, qui, en Grèce, sont déjà une force importante et dangereuse. Le premier devoir du mouvement ouvrier français – et du PCF en particulier – est de faire tout ce qui est en son pouvoir pour convaincre les travailleurs de France, de la Grèce et de toute l’Europe de cette vérité. L’internationalisme ne saurait se réduire à des applaudissements et des encouragements. La lutte engagée en Grèce concerne tous les travailleurs d’Europe.

La seule et unique chance de vaincre les forces rangées contre le nouveau gouvernement réside dans l’organisation et la mobilisation de la classe ouvrière pour une action de masse extra-parlementaire, pour la réalisation d’un programme de prise de contrôle des moyens de production et des institutions financières – banques, assurances, organismes de crédit – ainsi que des moyens de transport et de communication. Sans l’appui actif et puissant des travailleurs grecs, le gouvernement ne pourra pas venir à bout de la résistance de la classe dominante.

Les capitalistes sont l’ennemi. Leurs candidats ont été battus. L’ancien gouvernement capitaliste a été balayé. Mais les capitalistes eux-mêmes sont toujours là. Ils chercheront un point d’appui dans le nouveau gouvernement. Le discours d’Alexis Tsipras après l’annonce des résultats et les négociations entamées avec des partis de droite indiquent qu’ils pourront bien le trouver, ce point d’appui. Si on additionne le vote de Syriza et celui du Parti Communiste (KKE), on arrive à 42% pour les partis de la classe ouvrière et une majorité plus que confortable de 164 sièges ! S’il faut une « coalition » parlementaire pour obtenir une majorité, la voilà ! Si cette alliance ne s’est pas faite, c’est en raison de la politique sectaire du KKE d’une part, et d’autre part du fait que les dirigeants de Syriza soient ouverts à une alliance avec des partis capitalistes à la place du KKE. L’électorat a donné aux partis de la classe ouvrière une opportunité historique de gouverner dans l’intérêt des travailleurs et de porter des coups décisifs contre les capitalistes en s’appuyant sur une majorité parlementaire solide. Il est absolument inadmissible de ne pas saisir cette opportunité. ANEL est un parti réactionnaire qui n’a pas sa place à côté de Syriza. Si la participation à la majorité gouvernementale intéresse ANEL, ce n’est que pour servir de « minorité de blocage » dans l’intérêt des capitalistes.

Les militants de Syriza, du KKE, de l’ensemble du mouvement ouvrier devraient insister énergiquement que les deux partis s’entendent sur un programme d’action contre les capitalistes et pour la réalisation des revendications sociales qui figurent dans leurs programmes respectifs. Non à toute alliance avec la droite ! Il faut faire pression sur le KKE pour surmonter son « intransigeance » sectaire envers Syriza. Les divergences en matière de programme et de stratégie pourront être mise à l’épreuve et résolues au cours de la lutte. La division du mouvement ouvrier est dans l’intérêt de qui ? Ce n’est pas par hasard que les représentants du capitalisme et de l’impérialisme sont « soulagés » par l’absence de coopération entre Syriza et le KKE !

La campagne électorale menée par Tsipras avait inspiré et enthousiasmé les travailleurs. Il a promis de lutter contre les exigences de la « Troïka ». Maintenant il faut passer des paroles aux actes. Il ne sera pas possible de résoudre la crise sociale en Grèce par la négociation. Même si Merkel accorde quelques concessions – ce qui est loin d’être acquis ! –, celles-ci ne modifieront pas la situation de façon palpable. Une approche timide et réformiste, misant sur la négociation avec l’ennemi – la BCE, le FMI, les dirigeants de cette machine destructrice qui se nomme « Union Européenne » – et en se contentant d’un soutien passif de l’électorat, se soldera inévitablement par un échec, pour la simple raison qu’aucun capitaliste, ni en Grèce, ni ailleurs, n’a intérêt à tolérer un gouvernement qui ne leur est pas soumis. Les lignes de front entre les classes sont tracées. La victoire appartiendra au camp qui porte les coups les plus dévastateurs. Si ce langage choque ceux qui voient la lutte des classes en termes d’«alternances », de bonne conduite constitutionnelle et de réformes parlementaires, nous n’y pouvons rien. Les semaines et les mois qui viennent démontreront que notre analyse correspond aux réalités de notre époque. Il n’y aura pas de « dépassement » paisible et graduel du capitalisme, ni en Grèce, ni ailleurs. Cela n’existe que dans les rêves vaporeux des réformistes.

Greg Oxley

PCF Paris 10

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6 commentaires

  1. – « Les militants de Syriza, du KKE, de l’ensemble du mouvement ouvrier devraient insister énergiquement que les deux partis s’entendent sur un programme d’action contre les capitalistes et pour la réalisation des revendications sociales qui figurent dans leurs programmes respectifs. »

    Mais le but dE TOUT front populaire est justement de museler les masses. C’EST UN PIEGE TENDU AU PROLETARIAT. Le front populaire ne devoile pas la mascarade reformiste, bien au contraire, il la masque.

    – Les semaines et les mois qui viennent démontreront que notre analyse correspond aux réalités de notre époque. Il n’y aura pas de « dépassement » paisible et graduel du capitalisme, ni en Grèce, ni ailleurs. Cela n’existe que dans les rêves vaporeux des réformistes »

    IL N y a que la « riposte » pour imaginer que tsipras en accord avec la bourgeoisie pour desamorcer toute radicalisation proletarienne en grece, prenne un seul instant au sérieux son baratin réformiste !

    https://www.wsws.org/fr/articles/2013/fev2013/tsip-f02.shtml

    • « La division du mouvement ouvrier est dans l’intérêt de qui ? Ce n’est pas par hasard que les représentants du capitalisme et de l’impérialisme sont « soulagés » par l’absence de coopération entre Syriza et le KKE ! »

      Mais l’histoire du KKE est remplie de trahisons des intérêts de la classe ouvrière. En 1936, alors que le prolétariat grec était en proie à une profonde agitation révolutionnaire, le KKE avait cherché à pousser l’aile prétendument « progressiste » de la bourgeoisie grecque à former avec lui une coalition de front populaire contre la droite. Comme on pouvait s’y attendre, les libéraux anticommunistes avaient fait bloc avec la droite contre le KKE. L’incapacité du KKE à lutter pour le pouvoir ouvrier, sa quête au contraire d’une alliance avec les libéraux, avaient pavé la voie à la dictature sanguinaire de Ioannis Metaxas.

      En 1944, LE KKE entra dans le gouvernement « d’unité nationale » de Georges Papandréou, ou il ordonna aux combattants de l’ELAS – résistance communiste – de rendre les armes, permettant ainsi à la bourgeoisie d’utiliser les troupes britanniques pour rétablir dans le sang sa domination en Grèce.

      Le KKE tout comme Syriza est strictement étranger aux intérêts du prolétariat. Il en est de même du PCF, éternel soutien électoral de la gauche gouvernementale prenant en charge les intérêts de l’impérialisme français une fois au pouvoir, et dans lequel la « riposte » prétend entretenir la flamme révolutionnaire, le tout en votant Buffet – ex ministre de Jospin – lors des élections internes. Doit on en rire ?

      • Qu’Il est agréable de lire les professeurs RÉVOLUTIONNAIRES qui expliquent la révolution apres coup. Le KKE comme tous les partis communistes ÉTAIENT liés aux ordres de la bureaucratie soviétique et ainsi ont commis de nombreuses erreurs et « crimes » dans le sens que leur politique menchevique a in fine servi les INTÉRÊTS des capitalistes. Est-ce pour autant que ces militants ne sont pas de communistes convaincus ? non bien au contraire et c’est a la lumière de l’histoire que nous devons tous apprendre du passé. Personne ne se leurre des intentions des dirigeants réformistes de Syriza, mais la position sectaire du KKE sert objectivement les INTÉRÊTS de la bourgeoisie. Dénoncer cette position et démontrer pourquoi (expliquer patiemment comme disait Lénine) est le moyen pour éclairer les COMMUNISTES plutôt que les COUVRIR de la boue INTELLECTUEL des professeurs gauchistes.

  2. Le kke n’est pas sectaire il a juste compris que avt tout le monde que syriza est le nouveau parti social democrate qui va trahir la classe ouvriere et qui la deja trahi.

    • Cependant pour Lénine ce type de position est sectaire : « Faire la guerre pour le renversement de la bourgeoisie internationale, guerre cent fois plus difficile, plus longue, plus compliquée que la plus acharnée des guerres ordinaires entre Etats, et renoncer d’avance à louvoyer, à exploiter les oppositions d’intérêts (fusent-elles momentanées) qui divisent nos ennemis, à passer des accords et des compromis avec des alliés éventuels (fusent-ils temporaires, peu sûrs, chancelants, conditionnels); n’est-ce pas d’un ridicule achevé ? N’est-ce pas quelque chose comme de renoncer d’avance, dans l’ascension difficile d’une montagne inexplorée et inaccessible jusqu’à ce jour, à marcher parfois en zigzags, à revenir parfois sur ses pas, à renoncer à la direction une fois choisie pour essayer des directions différentes ? Et des gens manquant à ce point de conscience et d’expérience (encore si leur jeunesse en était la cause : les jeunes ne sont-ils pas faits pour débiter un certain temps des bêtises pareilles!) ont pu être soutenus – de près ou de loin, de façon franche ou déguisée, entièrement ou en partie, il n’importe! – par certains membres du Parti communiste hollandais!! »
      Que dire de plus, j’invite les communistes a RÉVISER leur classiques avant de parler a tors et a travers, surtout pour faire le jeu de la bourgeoisie en se croyant « pure révolutionnaire »

  3. je ne suis pas convaincu de rejet massif par les grecs. Si nous analysons les résultats c’est moins d’un grec sur quatre qui à voté syriza. avec pas loin de 40%d’abstention dans un pays où le vote est obligatoire c’est dire la perte d’espérance de ce peuple. Le refus de syrisa de mettre un terme à la domination du capital par des mesure d’appropriations sociale du secteur bancaire notamment, vous à l’échec ses promesses de réformes. si le peuple grec c’était massivement dresser contre la troïka la BCE réagirai différemment aujourd’hui. Nous allons bien voir si syrisa se plie aux ordres ou engage l’épreuve de force contre cette Europe qui affame ses peuples. Si c’est le cas la solidarité internationale du monde ouvrier dans les autres pays, notamment en France sera déterminante. quant aux positions du KKe elles ne me semble pas de nature à favoriser la mobilisation des forces nécessaire à la mise en échec du plan de la troïka. Mais je ne connais pas assez les réalités grecs pour m’autoriser une critique.

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