En souvenir de Naji Al-Ali, grand caricaturiste politique, assassiné par le Mossad

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Monsieur Netanyahou était donc à Paris pour tirer le plus de profit politique qu’il pouvait du massacre des rédacteurs de Charlie Hebdo. Il serait apparemment inadmissible, selon le chef de l’Etat israélien, d’assassiner des caricaturistes pour leur idées ?

Rappelons au souvenir de ceux qui l’auraient oublié l’un des plus grands caricaturistes politiques de tout temps, le Palestinien Naji Al-Ali. Né à Galilée en 1937, la famille de Naji a dû se réfugier au Liban, dans le camp d’Ein-el-Helweh, lors du grand exode de 1948. Il a produit, au cours de sa carrière de dessinateur, plus de 10 000 caricatures identifiables, dont la plupart étaient consacrées à la situation imposée aux Palestiniens et à la lutte de tous les opprimés du monde arabe, face à l’Etat israélien mais aussi aux régimes réactionnaires du monde arabe.

Il recevait régulièrement des menaces de mort – plus d’une centaine en tout – émanant du Mossad et de diverses sources dans le monde arabe. Les chefs de l’OLP, collaborant avec les services secrets israéliens, lui ont adressé plusieurs avertissements. Il était membre du FPLP. Cible de tueurs à gage au Koweït, d’où il a finalement été expulsé en 1985, Naji a pu continuer son travail à Londres.

Interrogé sur le sens de ses caricatures, il a affirmé qu’elles étaient « l’expression des opprimés qui paient cher leur volonté de vivre, qui portent sur leurs épaules le fardeau des erreurs des puissants. Tout ce qu’ils possèdent a été acquis avec peine, constamment assaillis de la dureté et de la cruauté. Ils luttent pendant toute leur vie et meurent jeunes, ensevelis dans les tombes dépouillées. Ils sont toujours sur la défensive dans leur lutte pour la vie. Je vis avec eux dans les cachots, observant et brûlant à la pulsion de leurs cœurs, au sang qui coule dans leurs veines. »

Le 22 juillet 1987, Naji se rendait au bureau du journal koweïtien où il travaillait. A quelques mètres seulement de sa destination, un homme lui a tiré dessus. Retrouvé gisant sur le trottoir, gravement blessé, Naji a été pris en charge à l’hôpital de Charing Cross, où il a finalement succombé à ses blessures le 29 août 1987.

Il est possible que les commanditaires du meurtre aient été des agents de l’OLP. Quoi qu’il en soit, l’implication des services secrets israéliens, le Mossad, est une certitude. Un étudiant palestinien, Ismail Hassan Saouane, membre de l’OLP et travaillant, de ses propres aveux, pour le Mossad, a été arrêté par la police britannique. Interrogé au sujet de l’assassinat par le gouvernement britannique, le gouvernement israélien a refusé tout commentaire et toute coopération avec l’enquête. Le premier ministre de l’époque, Margaret Thatcher – pourtant radicalement hostile à la cause palestinienne – n’avait d’autre choix que d’ordonner l’expulsion de plusieurs diplomates israéliens et la fermeture des bureaux du Mossad en Grande-Bretagne.

Greg Oxley

PCF Paris 10

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