Il y a 150 ans, la Première Internationale

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I l y a 150 ans était fondée l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), au cours d’une réunion au Saint Martin’s Hall à Londres. Le 28 septembre 1864, les dirigeants ouvriers européens ont mis sur pied ce qui deviendra la première organisation internationale de la classe ouvrière.

Karl Marx expliquait que le but de l’Association Internationale des Travailleurs était de : « combiner, de généraliser et de donner de l’uniformité aux efforts, encore désunis, dans les différents pays, pour l’émancipation de la classe ouvrière ».

Cette première expérience du mouvement ouvrier international n’est pas venue par hasard, ni de rien. Elle était le produit d’une époque de transformation économique, sociale et politique en Europe, d’expansion du capitalisme, d’une génération de militants ouvriers forgés par les luttes révolutionnaires.

Depuis les répressions sanglantes des révolutions de 1848 qui avaient ébranlé l’Europe et pendant lesquelles le drapeau rouge du mouvement ouvrier s’était levé pour la première fois sur les barricades, depuis la parution du Manifeste du Parti Communiste où Marx écrivait que le « spectre du communisme » hantait l’Europe, plus d’une décennie s’était écoulée. Après la période de réaction qui a suivi la défaite des révolutions de 1848 en Europe continentale, le mouvement ouvrier commençait à remonter vers 1860. Le mode de production capitaliste s’étendait inexorablement en Europe, créant partout une classe ouvrière de plus en plus nombreuse et concentrée. Un seul exemple : en Angleterre, de 1850 à 1880, la puissance produite à partir de la vapeur passa de 1,3 à 7,6 millions de chevaux.

La croissance économique des années 1850 n’avait pas  beaucoup profité aux travailleurs, et la situation changea brusquement avec la crise de 1857, brisant les espoirs nés de l’expansion industrielle. Comme l’écrivaient les socialistes Sydney et Béatrice Webb, « L’ère des grèves, qui a commencé en 1857 et qui fut marquée par une baisse industrielle, a montré combien illusoires étaient ces espoirs ».

L’une des grèves les plus importantes de cette période fut celle des ouvriers du bâtiment à Londres.

Elle fut un tournant dans l’histoire du mouvement ouvrier, même si elle se termina par un compromis. A partir de cette période, toute la lutte était considérée comme une lutte de l’économie politique de la classe ouvrière contre l’économie politique de la classe capitaliste. Des avancées progressistes sociales notables furent gagnées en 1850, les ouvriers anglais réussirent à gagner, par exemple, la journée de 10 heures.

En France, le régime de Napoléon III s’affaiblissait. Partout en Europe, les mouvements syndicaux se développaient, et l’insurrection polonaise de 1863 posait clairement la question de la solidarité entre les travailleurs de tous les pays. Lorsque Napoléon III, cherchant à démontrer que sa politique était favorable aux ouvriers, envoya une délégation ouvrière à Londres lors de l’Exposition Universelle de 1862, la délégation prit contact avec le conseil londonien des syndicats, qui les a invités à participer à une manifestation en faveur de l’indépendance polonaise. Le 22 juillet 1863, un rassemblement sur cette même question a eu lieu à Londres, avec la participation de représentants des ouvriers français. Ces liens politiques sont aussi à l’origine de l’Association Internationale des Travailleurs (AIT), fondée le 28 septembre 1864, en présence de délégués anglais, français, italiens et allemands.

AIT-marx

Karl Marx à la tribune de l’AIT

L’AIT ne fut pas une organisation marxiste.

Aux côtés de Engels et Marx, élus dès le départ au Comité Central de l’Internationale, différents courants politiques furent représentés : les Trade Unions réformistes d’Angleterre, les disciples français de Proudhon, de Mazzini en Italie ou encore de l’anarchiste Bakounine. Les luttes de tendances ponctuèrent la vie de l’AIT.

Si Karl Marx ne fut pas le fondateur de l’AIT, il est par contre hors de doute qu’il a été le chef spirituel de l’Association, dès la première séance du Conseil Général provisoire. C’est lui qui écrivit le préambule de la constitution de l’Association Internationale des Travailleurs. Ce document est l’un des plus importants du mouvement ouvrier de l’époque. Dans le Manifeste inaugural de l’Association Internationale des Travailleurs, Marx et Engels écrivaient : « La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière. Elle semble l’avoir compris, car en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, on a vu renaître en même temps ces aspirations communes, et en même temps aussi des efforts ont été faits pour réorganiser politiquement le parti des travailleurs. »

David Riazanov écrivait en 1919, lors de la fondation de   l’Internationale Communiste :  « L’adresse inaugurale  de l’Association Internationale des Travailleurs se terminait par la devise même : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !, qui fut mise à la fin de l’adresse, restée célèbre, du premier syndicat ouvrier international. Elle figurait aussi en tête du manifeste de la Ligue des communistes qui le premier désigna l’union des ouvriers de tous les pays comme une des conditions les plus importantes pour la libération du prolétariat.

Cette devise, qui réunissait alors une minorité insignifiante, un petit groupe international, plutôt par son programme que dans les faits, est maintenant celle d’une organisation ouvrière devenue internationale non seulement par son programme, mais aussi par sa composition. Des milliers d’ouvriers se sont unis dans les sections et les groupes de la première Internationale afin de lutter pour leur délivrance. Et l’union des prolétaires de tous les pays qu’ils ont fondée fête aujourd’hui sa renaissance dans la nouvelle Internationale qui réunit des millions de prolétaires. »

David Riazanov parlait aussi en conclusion des espoirs portés légitimement par la IIIe Internationale qui, après ses quatre premiers congrès, a succombé peu à peu sous les coups du stalinisme, avant d’être officiellement dissoute par Staline en 1943.

De 1864 à 1872, l’AIT eut une existence courte. La défaite de la Commune de Paris de 1871 annonçait la fin de cette première tentative de réunir les travailleurs à l’échelle internationale. Cependant, elle s’inscrit dans l’histoire du mouvement ouvrier politique comme un début, poursuivi par Engels (après la mort de Marx) et l’Internationale Ouvrière, ainsi que par Lénine et Trotsky lors de la création de l’Internationale Communiste.

Aujourd’hui, il incombe aux travailleurs du monde, de refonder, 150 ans après la Première Internationale, une nouvelle organisation du même type, qui serait la promesse aux travailleurs du monde de leur émancipation universelle.

Laurent Gutierrez PCF 21

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