La révolte burkinabaise renverse Campaore

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En quelques jours, le soulèvement de la population de Ouagadougou et d’autres villes de Burkina Faso a renversé le président Blaise Campaore, au pouvoir depuis 27 ans.

Cette révolte couve depuis longtemps. Des émeutes ont eu lieu périodiquement tout au long des années 2000, notamment en 2006 après l’arrestation d’un groupe d’étudiants oppositionnels, et en 2008 contre la vie chère. La même année, une grève massive à l’Université de Ouagadougou s’est soldée par une reprise en main brutale de l’institution, avec des tirs à balles réelles sur les étudiants et la suppression de toutes les prestations sociales étudiantes (bourses, restauration). Les résidences universitaires ont été vidées de force en quelques jours. En février et mars 2011, à la suite de la mort d’un élève, Justin Zongo, lynché par les policiers de Koudougou, des manifestations massives ont eu lieu, dénonçant l’impunité de la police et la corruption du régime. Depuis, de nombreux étudiants ont été assassinés sans que leur mort soit élucidée.

L’opposition ne se limitait pas à la société civile.

En avril de la même année, une mutinerie importante, impliquant les casernes de Kaya, de Dori, de Koupéla, de Tenkodogo, de Dédougou ou encore de Bobo-Dioulasso a failli aboutir au renversement de Campaore. Les manifestants ont été brutalement réprimés, mais cette répression n’a fait qu’alimenter les tensions au sein de l’armée et aiguiser la haine du régime de la part des jeunes et des travailleurs du pays.

Tous ces événements ont eu lieu dans un contexte où 80 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour.

La croissance de l’économie n’a pas profité à la masse de la population – bien au contraire. Les 500 000 burkinabais qui travaillaient en Côte d’Ivoire et qui sont revenus au pays ne trouvent pas de travail pour la plupart. L’enrichissement et la corruption de la famille Campaore et enfin le projet de modifier la Constitution pour permettre au président de rester indéfiniment au pouvoir a mis le feu aux poudres de cette dernière révolte.

Le renversement de Campaore constitue un avertissement pour tous les régimes corrompus de l’Afrique subsaharienne.

Il inspirera la jeunesse et les travailleurs des pays voisins et les poussera peut-être à l’action. Les gouvernements des Etats-Unis et des puissances européennes s’inquiètent du risque de « contagion ». Ce sont eux qui soutiennent les régimes réactionnaires en Afrique qui facilitent le pillage impérialiste du continent.

C’est le lieutenant-colonel Isaac Zida, soutenu semble-t-il par l’armée burkinabaise, qui a pris le pouvoir après le départ de Campaore. Zida et la hiérarchie militaire prétendent agir dans l’intérêt du peuple mais ont aussitôt pris contact avec les gouvernements occidentaux pour les rassurer quant à la leurs intérêts économiques et stratégiques. Les grands groupes capitalistes et la classe dirigeante burkinabaise voudrait remettre le peuple à sa place et continuer comme avant. Ainsi, l’Elysée « salue la démission du Président de la République du Burkina Faso, qui permet de trouver une issue à la crise. » Cependant, un simple changement de façade ne répondra pas aux attentes du peuple et ne mettra pas un terme à l’instabilité sociale et politique au Burkina Faso.

La jeunesse, les travailleurs et les paysans ont un point de référence révolutionnaire important en les idées et l’action de Thomas Sankara.

C’est lui qui a changé le nom du pays – « Burkina Faso » signifie « pays des hommes intègres » – et qui a lutté pour l’émancipation sociale de son peuple. Il luttait contre la pauvreté, contre la corruption, pour améliorer l’éducation, moderniser l’agriculture et pour l’égalité des femmes. Thomas Sankara fut assassiné en 1987, lors du coup d’Etat – soutenu par la France – qui a porté Blaise Campaore au pouvoir. La prochaine révolution burkinabaise devra reprendre le chemin tracé par Thomas Sankara, en allant plus loin encore, pour placer le contrôle des ressources économiques et le pouvoir politique fermement entre les mains des travailleurs, des paysans et des jeunes opprimés. Un Burkina Faso socialiste serait un phare et une inspiration pour leurs frères et sœurs dans toute l’Afrique occidentale et au-delà.

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