Le « socialisme dans un seul pays »

0

Cet article de Trotsky a été publié en 1936 comme appendice à La révolution trahie, un livre dans lequel il développe une analyse marxiste des causes et des caractéristiques du stalinisme. La théorie du « socialisme dans un seul pays », formulée pour la première fois fin 1924, était en contradiction avec toute la tradition internationaliste du bolchevisme. Trotsky la critiqua à de nombreuses reprises.

Début septembre, La Riposte publiera une nouvelle édition de La révolution trahie. Pour commencer à couvrir les frais d’impression, nous lançons une prévente du livre.

*

Les tendances réactionnaires à l’autarcie constituent un réflexe défensif du capitalisme sénile en présence de ce problème posé par l’histoire : libérer l’économie des chaînes de la propriété privée et de l’Etat national et l’organiser, suivant un plan d’ensemble, sur toute la surface du globe.

La « déclaration des droits du peuple travailleur et exploité » rédigée par Lénine et soumise par le Conseil des commissaires du peuple à la sanction de l’Assemblée constituante, dans les courtes heures que vécut celle-ci, définit en ces termes « l’objectif essentiel » du nouveau régime : « l’établissement d’une organisation socialiste de la société et la victoire du socialisme dans tous les pays. »L’internationalisme de la révolution est donc proclamé dans un document essentiel du nouveau régime. Personne n’eût osé, à ce moment-là, poser le problème de quelque autre façon. En avril 1924, trois mois après la mort de Lénine, Staline écrivait encore dans sa compilation sur les Bases du léninisme : « Il suffit des efforts d’un pays pour renverser la bourgeoisie, l’histoire de notre révolution l’enseigne. Pour la victoire définitive du socialisme, pour l’organisation de la production socialiste, les efforts d’un seul pays, surtout paysan comme le nôtre, sont déjà insuffisants ; il y faut les efforts réunis des prolétaires de plusieurs pays avancés. » Ces lignes n’ont pas besoin d’être commentées. Mais l’édition dans laquelle elles figurent a été retirée de la circulation. Les grandes défaites du prolétariat européen et les premiers succès, fort modestes pourtant, de l’économie soviétique, suggérèrent à Staline, au cours de l’automne 1924, que la mission historique de la bureaucratie était de bâtir le socialisme dans un seul pays. Une discussion s’ouvrit autour de cette question, qui parut académique ou scolastique à beaucoup d’esprits superficiels, mais qui, en réalité, exprimait le début de la dégénérescence de la IIIe Internationale et préparait la naissance de la IVe.

L’ex-communiste Petrov, que nous connaissons déjà, émigré blanc [1] aujourd’hui, relate d’après ses propres souvenirs combien fut vive la résistance des jeunes administrateurs à la doctrine qui faisait dépendre l’URSS de la révolution internationale. « Comment ! Nous n’arriverions pas nous-mêmes à faire le bonheur de notre pays ? S’il en est autrement d’après Marx, eh bien, nous ne sommes pas marxistes, nous sommes des bolcheviks de Russie, voilà tout. » A ces souvenirs sur les discussions de 1923-1926, Petrov ajoute : « Je ne puis m’empêcher de penser à présent que la théorie du socialisme dans un seul pays est plus qu’une simple invention stalinienne. » Très juste ! Elle traduisait fort exactement le sentiment de la bureaucratie qui, parlant de la victoire du socialisme, entendait par là sa propre victoire.

Pour justifier sa rupture avec la tradition de l’internationalisme marxiste, Staline eut l’impudence de soutenir que Marx et Engels avaient ignoré… la loi de l’inégalité de développement du capitalisme, découverte par Lénine. Cette affirmation pourrait à juste titre prendre la première place dans notre catalogue des curiosités idéologiques. L’inégalité de développement marque toute l’histoire de l’humanité et plus particulièrement celle du capitalisme. Le jeune historien et économiste Solntsev, militant extraordinairement doué et d’une rare qualité morale, mort dans les prisons soviétiques du fait de son adhésion à l’opposition de gauche, donna en 1926 une note excellente sur la loi de l’inégalité du développement telle qu’on la trouve dans l’oeuvre de Marx. Ce travail ne peut naturellement pas être publié en URSS. Pour des raisons opposées on a interdit l’ouvrage d’un social-démocrate allemand, enterré et oublié depuis longtemps, nommé Volmar, qui, en 1878, soutenait qu’un « Etat socialiste isolé » était possible – ayant en vue l’Allemagne et non la Russie – en invoquant « la loi de l’inégalité du développement » que l’on nous dit être demeurée inconnue jusqu’à Lénine.

Georg Volmar écrivait : « Le socialisme suppose absolument une économie développée et, s’il ne s’agissait que d’elle, il devrait être surtout puissant là où le développement économique est le plus élevé. La question se pose tout autrement en réalité. L’Angleterre est incontestablement le pays le plus avancé au point de vue économique et le socialisme y joue, nous le voyons, un rôle fort secondaire, alors qu’il est devenu en Allemagne, pays moins développé, une force telle que la vieille société ne se sent plus en sécurité… » Volmar continuait, après avoir indiqué la puissance des facteurs historiques qui déterminent les événements :« Il est évident que les réactions réciproques d’un nombre aussi grand de facteurs rendent impossible, sous les rapports du temps et de la forme, une évolution semblable, ne serait-ce que dans deux pays, pour ne point parler de tous… Le socialisme obéit à la même loi… L’hypothèse d’une victoire simultanée du socialisme dans tous les pays civilisés est tout à fait exclue, de même que celle de l’imitation par les autres pays civilisés de l’exemple de l’Etat qui se sera donné une organisation socialiste… Nous arriverons ainsi à conclure à l’Etat socialiste isolé dont j’espère avoir prouvé qu’il est, sinon la seule possibilité, du moins la plus probable. » Cet ouvrage, écrit au moment où Lénine avait huit ans, donne de la loi de l’inégalité du développement une interprétation beaucoup plus juste que celles des épigones soviétiques à partir de l’automne de 1924. Notons ici que Volmar, théoricien de second plan, ne faisait en l’occurrence que commenter les idées d’Engels, que nous avons pourtant vu accuser d’ignorance sur ce point.

« L’Etat socialiste isolé » est depuis longtemps passé du domaine des hypothèses historiques à celui de la réalité, non en Allemagne, mais en Russie. Le fait de son isolement exprime la puissance relative du capitalisme, la faiblesse relative du socialisme. Il reste à franchir entre l’Etat « socialiste » isolé et la société socialiste à jamais débarrassée de l’Etat une grande distance qui correspond précisément au chemin de la révolution internationale.

Béatrice et Sidney Webb nous assurent de leur côté que Marx et Engels n’ont pas cru à la possibilité d’une société socialiste isolée pour la seule raison qu’ils « n’ont jamais rêvé » (neither Marx nor Engels had ever dreamt) d’un instrument aussi puissant que le monopole du commerce extérieur. On ne peut lire ces lignes sans éprouver une certaine gêne pour des auteurs d’un si grand âge. La nationalisation des banques et des sociétés commerciales, des chemins de fer et de la flotte marchande est pour la révolution socialiste tout aussi indispensable que la nationalisation des moyens de production, y compris ceux des industries d’exportation. Le monopole du commerce extérieur ne fait que concentrer entre les mains de l’Etat les moyens matériels de l’importation et de l’exportation. Dire que Marx et Engels n’en ont point rêvé, c’est dire qu’ils n’ont point rêvé de révolution socialiste. Comble de malheur, Volmar fait à bon droit du monopole du commerce extérieur l’une des ressources les plus importantes de l’« Etat socialiste isolé ». Marx et Engels auraient dû en apprendre le secret chez cet auteur s’il ne l’avait lui-même appris chez eux.

La « théorie » du socialisme dans un seul pays, que Staline n’exposa et ne justifia d’ailleurs nulle part, se réduit à la conception, étrangère à l’histoire et plutôt stérile, selon laquelle ses richesses naturelles permettent à l’URSS de construire le socialisme dans ses frontières géographiques. On pourrait affirmer avec autant de succès que le socialisme vaincrait si la population du globe était douze fois moins nombreuse qu’elle ne l’est. En réalité, la nouvelle théorie cherchait à imposer à la conscience sociale un système d’idées plus concret : la révolution est définitivement achevée ; les contradictions sociales ne feront plus que s’atténuer progressivement ; le paysan riche sera peu à peu assimilé par le socialisme ; l’évolution, dans son ensemble, indépendamment des événements extérieurs, demeurera régulière et pacifique. Boukharine, qui tenta de fonder la nouvelle théorie, proclama, comme étant irréfutablement prouvé : « Les différences de classes dans notre pays ou notre technique arriérée ne nous mèneront pas à notre perte ; nous pouvons bâtir le socialisme sur cette base de misère technique elle-même ; la croissance de ce socialisme sera très lente, nous avancerons à pas de tortue, mais nous construirons le socialisme et nous en achèverons la construction… » Ecartons l’idée du « socialisme à construire même sur une base de misère technique » et rappelons une fois de plus la géniale prédiction de Marx qui nous apprend qu’avec une faible base technique « on ne socialise que le besoin, la pénurie devant entraîner des compétitions pour les articles nécessaires et ramener tout l’ancien fatras… »

L’opposition de gauche proposa en avril 1926, à une assemblée plénière du comité central, l’amendement suivant à la théorie du pas de tortue : « Il serait radicalement erroné de croire qu’on peut s’acheminer vers le socialisme à une allure arbitrairement décidée quand on se trouve entouré par le capitalisme. La progression vers le socialisme ne sera assurée que si la distance séparant notre industrie de l’industrie capitaliste avancée… diminue manifestement et concrètement au lieu de grandir. » Staline vit à bon droit dans cet amendement une attaque « masquée » contre la théorie du socialisme dans un seul pays et refusa catégoriquement de rattacher l’allure de l’édification à l’intérieur aux conditions internationales. Le compte rendu sténographique des débats donne sa réponse en ces termes :« Quiconque fait intervenir ici le facteur international ne comprend pas même comment se pose la question et brouille toutes les notions, soit par incompréhension, soit par désir conscient d’y semer la confusion. »L’amendement de l’opposition fut repoussé.

L’illusion du socialisme se construisant tout doucement – à pas de tortue – sur une base de misère, entouré de puissants ennemis, ne résista pas longtemps aux coups de la critique. En novembre de la même année, la XVe conférence du parti, sans la moindre préparation dans la presse, reconnut nécessaire de « rattraper dans un délai historique représentant un minimum relatif [?] et ensuite de dépasser le niveau industriel des pays capitalistes avancés ». C’était « dépasser » en tout cas l’opposition de gauche. Mais tout en donnant le mot d’ordre de « rattraper et dépasser » le monde entier « dans un délai minimum relatif », les théoriciens qui préconisaient la veille la lenteur de la tortue devenaient les prisonniers du « facteur international » dont la bureaucratie éprouve une crainte si superstitieuse. Et la première version, la plus nette, de la théorie stalinienne se trouva liquidée en huit mois.

Le socialisme devra inéluctablement « dépasser » le capitalisme dans tous les domaines, écrivait l’opposition de gauche dans un document illégalement répandu en mars 1927, « mais il s’agit en ce moment, non des rapports du socialisme avec le capitalisme en général, mais du développement économique de l’URSS par rapport à celui de l’Allemagne, de l’Angleterre et des Etats-Unis. Que faut-il entendre par un délai historique minimum ? Nous resterons loin du niveau des pays avancés d’Occident au cours des prochaines périodes quinquennales. Que se passera-t-il pendant ce temps dans le monde capitaliste ? Si l’on admet qu’il puisse encore connaître une nouvelle période de prospérité appelée à durer des dizaines d’années, parler de socialisme dans notre pays arriéré sera d’une triste platitude ; il faudra reconnaître alors que nous nous sommes trompés du tout au tout en jugeant notre époque comme étant celle du pourrissement du capitalisme ; la République des Soviets serait en ce cas la deuxième expérience de la dictature du prolétariat, plus large et plus féconde que celle de la Commune de Paris mais rien qu’une expérience… Avons-nous cependant des raisons sérieuses de réviser aussi résolument les valeurs de notre époque et le sens de la révolution d’Octobre conçue comme un chaînon de la révolution internationale ? Non. Achevant, dans une mesure plus ou moins large, leur période de reconstruction (après la guerre), les pays capitalistes se retrouvent en présence de toutes leurs anciennes contradictions intérieures et internationales mais élargies et de beaucoup aggravées. Et telle est la base de la révolution prolétarienne. C’est un fait que nous bâtissons le socialisme. Le tout étant plus grand que la partie, c’est un fait encore plus certain que la révolution se prépare en Europe et dans le monde. La partie ne pourra vaincre qu’avec le tout… Le prolétariat européen a besoin de beaucoup de moins de temps pour monter à l’assaut du pouvoir qu’il ne nous en faut pour l’emporter au point de vue technique sur l’Europe et l’Amérique… Nous devons dans l’intervalle amoindrir systématiquement l’écart entre le rendement du travail chez nous et ailleurs. Plus nous progresserons et moins nous serons menacés par l’intervention possible des bas prix et par conséquent par l’intervention armée… Plus nous améliorerons les conditions d’existence des ouvriers et des paysans et plus sûrement nous hâterons la révolution prolétarienne en Europe ; et plus vite cette révolution nous enrichira de la technique mondiale et plus assurée, plus complète sera notre édification socialiste, élément de celle de l’Europe et du monde ». Ce document, comme bien d’autres, resta sans réponse, à moins qu’il ne faille considérer comme des réponses les exclusions du parti et les arrestations.

Après avoir renoncé à la lenteur de la tortue, il fallut renoncer à l’idée connexe de l’assimilation du koulak par le socialisme. La défaite infligée aux paysans riches par des mesures administratives devait cependant donner un nouvel aliment à la théorie du socialisme dans un seul pays : du moment que les classes étaient « au fond » anéanties, le socialisme était « au fond » réalisé (1931). C’était la restauration de l’idée d’une société socialiste « à base de misère ». Nous nous souvenons qu’un journaliste officieux nous expliqua alors que le manque de lait pour les enfants était dû au manque de vaches et non aux défauts du système socialiste.

Le souci du rendement du travail ne permit pas de s’attarder aux formules rassurantes de 1931 destinées à fournir une compensation morale aux ravages de la collectivisation totale. « Certains pensent », déclara soudainement Staline, à l’occasion du mouvement Stakhanov, « que le socialisme peut être affermi par une certaine égalité dans la pauvreté. C’est faux… Le socialisme ne peut vaincre en vérité que sur la base d’un rendement du travail plus élevé qu’en régime capitaliste. » Tout à fait juste. Mais le nouveau programme des Jeunesses communistes adopté en avril 1935, au congrès qui les priva des derniers vestiges de leurs droits politiques, définît catégoriquement le régime soviétique : « L’économie nationale est devenue socialiste. » Nul ne se soucie d’accorder ces conceptions contradictoires. Elles sont mises en circulation selon les besoins du moment. Personne n’osera émettre la moindre critique, quoi qu’il arrive.

La nécessité même du nouveau programme des Jeunesses communistes fut justifiée en ces termes par le rapporteur : « L’ancien programme renferme une affirmation erronée, profondément antiléniniste, selon laquelle « la Russie ne peut arriver au socialisme que par la révolution mondiale ». Ce point du programme est radicalement faux ; des idées trotskystes s’y reflètent » ; les idées mêmes que Staline défendait encore en avril 1924 ! Il resterait à expliquer comment un programme écrit en 1921 par Boukharine, attentivement revu par le bureau politique avec la collaboration de Lénine, se révèle « trotskyste » au bout de quinze ans et nécessite une révision dans un sens diamétralement opposé. Mais les arguments logiques sont impuissants là où il s’agit d’intérêts. S’étant émancipée par rapport au prolétariat dans son propre pays, la bureaucratie ne peut pas reconnaître que l’URSS dépend du prolétariat mondial.

La loi de l’inégalité de développement a eu ce résultat que la contradiction entre la technique et les rapports de propriété du capitalisme a provoqué la rupture de la chaîne mondiale à son point le plus faible. Le capitalisme russe arriéré a payé le premier pour les insuffisances du capitalisme mondial. La loi du développement inégal se joint tout au long de l’histoire à celle du développement combiné. L’écroulement de la bourgeoisie en Russie a amené la dictature du prolétariat, c’est-à-dire un bond en avant, par rapport aux pays avancés, fait par un pays arriéré. L’établissement des formes socialistes de propriété dans un pays arriéré s’est heurté à une technique et à une culture trop faibles. Née elle-même de la contradiction entre les forces productives du monde, hautement développées, et la propriété capitaliste, la révolution d’Octobre a engendré à son tour des contradictions entre les forces productives nationales trop insuffisantes et la propriété socialiste.

L’isolement de l’URSS n’a pas eu immédiatement, il est vrai, les graves conséquences que l’on pouvait redouter : le monde capitaliste était trop désorganisé et paralysé pour manifester toute sa puissance potentielle. La « trêve » a été plus longue que l’optimisme critique ne permettait de l’espérer. Mais l’isolement et l’impossibilité de mettre à profit les ressources du marché mondial, fût-ce sur des bases capitalistes (le commerce extérieur étant tombé au quart ou au cinquième de ce qu’il était en 1913) entraînaient, outre d’énormes dépenses de défense nationale, une répartition des plus désavantageuses des forces productives et la lenteur du relèvement de la condition matérielle des masses. Le fléau bureaucratique fut cependant le produit le plus néfaste de l’isolement.

Les normes politiques et juridiques établies par la révolution d’une part exercent une influence favorable sur l’économie arriérée et, de l’autre, souffrent de l’action paralysante d’un milieu arriéré. Plus longtemps l’URSS demeurera dans un entourage capitaliste et plus profonde sera la dégénérescence de ses tissus sociaux. Un isolement indéfini devrait infailliblement amener, non l’établissement d’un communisme national, mais la restauration du capitalisme.

Si la bourgeoisie ne peut pas se laisser assimiler paisiblement par la démocratie socialiste, l’Etat socialiste ne peut pas non plus s’assimiler au système capitaliste mondial. Le développement socialiste pacifique « d’un seul pays » n’est pas à l’ordre du jour de l’histoire ; une longue série de bouleversements mondiaux s’annonce : guerres et révolutions. Des tempêtes sont aussi inévitables dans la vie intérieure de l’URSS. La bureaucratie a dû, dans sa lutte pour l’économie planifiée, exproprier le koulak ; la classe ouvrière aura, dans sa lutte pour le socialisme, à exproprier la bureaucratie, sur la tombe de laquelle elle pourra mettre cette épitaphe : « Ici repose la théorie du socialisme dans un seul pays. »

Léon Trotsky (1936)

 

[1] Dans le sens de contre-révolutionnaire

Share.

About Author

Laisser une réponse