Le PCF et la présidentielle de 2012

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Le débat sur la candidature que soutiendra le PCF, à l’élection présidentielle de 2012, occupe une place importante dans la vie interne et publique du parti. Cette question était au centre des discussions qui ont animé le Conseil National et l’Assemblée Nationale des animateurs de section, les 8 et 9 janvier dernier. Des divergences apparaissent, ce qui est parfaitement normal dans un grand parti comme le PCF. D’ici le vote des militants, en juin, les discussions vont se poursuivre et s’intensifier.

La Riposte pense que le parti doit faire campagne sur un programme communiste, avec un dirigeant communiste comme candidat du Front de Gauche. Beaucoup de camarades partagent cette position générale, mais elle ne fait pas l’unanimité. Des camarades considèrent qu’une candidature de Jean-Luc Mélenchon serait un meilleur choix. Cette position semble dominer au plus haut niveau du parti. Nous écrivons « semble », car nous en sommes souvent réduits à essayer de deviner ce que pensent les dirigeants du parti. La plupart s’abstiennent de toute prise de position publique claire. Selon l’agenda retenu par le dernier Conseil National, les militants devront attendre le CN des 8 et 9 avril avant de connaître la « préférence » de la direction nationale du parti, ou plus exactement de sa majorité. Et encore l’affirmation de cette « préférence » n’est-elle que « probable », lors du prochain CN, selon Pierre Laurent.

La crise du capitalisme

Le débat sur notre candidature à la présidentielle de 2012 a un caractère éminemment politique. Ce qui est déterminant, c’est le programme que doit défendre le parti. Il faut donc commencer par mettre de côté toutes les considérations sur le « charisme » du candidat, sa « médiatisation », sa position dans les sondages – et ainsi de suite. En eux-mêmes, tous ces éléments sont secondaires. Engager la discussion sur ce terrain, c’est faire fausse route d’entrée de jeu.

Nous faisons face à la plus grave crise du capitalisme depuis les années 30. Cette crise mondiale frappe la France de plein fouet. Elle se traduit par une accélération brutale de la régression sociale, sur tous les plans : emploi, pouvoir d’achat, services publics, salaires, santé, logement, éducation, retraites, etc. La politique réactionnaire du gouvernement Sarkozy aggrave les effets de cette crise. Et ce n’est qu’un début. L’objectif de la classe dirigeante est très clair. Elle veut détruire toutes les conquêtes sociales du passé, le plus rapidement possible. Au regard de ce qu’elle veut nous imposer, dans les années à venir, la récente contre-réforme des retraites n’est qu’une chiquenaude.

La jeunesse et les travailleurs de notre pays ne se laisseront pas faire. Autant la classe dirigeante ne peut plus tolérer nos acquis sociaux, autant les travailleurs ne peuvent plus tolérer davantage de contre-réformes. Telle est la contradiction centrale qui va déterminer la vie politique et sociale du pays, dans la période à venir. Les travailleurs seront obligés de reprendre le chemin des luttes massives. La signification générale du mouvement contre la casse des retraites, qui a impliqué 7 millions de personnes, est claire : les travailleurs en ont assez. Ils ne veulent pas payer une crise dont ils ne sont pas responsables. L’énorme quantité de colère et de frustrations accumulée dans les profondeurs de la société, ces dernières années, refera surface à une échelle encore plus massive qu’en septembre et octobre derniers – et ce quel que soit le prochain gouvernement. Bien sûr, la lutte des classes connaîtra des hauts et des bas. Aux grandes offensives du mouvement ouvrier succéderont des périodes d’accalmie, voire de désorientation. Mais celles-ci ne dureront pas longtemps, car l’impasse du système capitaliste n’offrira aucune base solide à une stabilisation durable des rapports sociaux. Toutes les conditions d’une intensification de la lutte des classes sont réunies.

A cela s’ajoute un autre fait décisif, pour le mouvement communiste : la crise a porté un coup sérieux à la crédibilité du système capitaliste, dans la conscience de millions de jeunes et de travailleurs. Depuis la chute de l’URSS et des régimes de l’Est, les apologues du capitalisme proclamaient quotidiennement la fin du communisme, du socialisme, du marxisme – et même la « fin de l’histoire ». Le capitalisme était censé constituer le seul horizon de l’humanité. Vingt ans plus tard, plus grand monde ne croit aux promesses de paix et de prospérité qui accompagnaient ces pronostics. Le capitalisme est devenu un monstrueux obstacle sur la voie du progrès social, et cette vérité fait son chemin dans les consciences. Un nombre croissant de jeunes et de travailleurs cherche une alternative à ce système réactionnaire.

Le potentiel du parti

Une conclusion découle de ce qui précède : les conditions objectives sont très favorables au renforcement et au développement du PCF, de ses effectifs et de son influence. Les 6000 adhérents qui nous ont rejoints, en 2010, ne sont qu’un avant-goût de l’énorme potentiel de croissance du parti. Le développement rapide de la Jeunesse Communiste, ces derniers temps, en est un autre symptôme indiscutable. Et qu’aucun camarade ne s’y trompe : tout ceci inquiète la classe dirigeante, ou tout au moins ses représentants les plus intelligents. Ils connaissent l’histoire du PCF, sa capacité à rebondir, à attirer dans ses rangs les éléments les plus combatifs de la jeunesse et de la classe ouvrière, en particulier dans des contextes de grandes luttes sociales. Publiquement, ils font mine de tenir le parti pour « mort ». Mais c’est pure propagande. En réalité, ils en surveillent de près l’évolution et s’efforcent d’intervenir dans sa vie interne, exactement comme ils interviennent dans celle du Parti Socialiste. C’est d’ailleurs la principale raison du soutien des grands médias capitalistes à la candidature de Jean-Luc Mélenchon, dans laquelle ils voient une occasion de reléguer le PCF à l’arrière-plan de la scène politique.

Les perspectives que nous venons de dessiner, à grands traits, soulignent la nécessité de profiter des élections présidentielles pour défendre et populariser un programme communiste. L’élection présidentielle est celle qui suscite le plus d’intérêt, dans la masse de la population – que cela nous plaise ou non. Au cours de la campagne électorale, des millions de jeunes et de travailleurs vont s’intéresser de plus près à la politique, aux idées et programmes des différents candidats. Le parti doit saisir des deux mains cette opportunité pour expliquer, faits et chiffres à l’appui, ce qu’est le système capitaliste, les causes de sa crise, l’avenir sombre qu’il nous prépare, par quel système les communistes proposent de le remplacer – et comment. La situation actuelle nous offre la possibilité de défendre très simplement, au moyen d’exemples tirés de l’actualité, la nécessité de nationaliser les banques, l’industrie, la grande distribution et le secteur pharmaceutique.

Le scandale du Médiator n’est-il pas, à lui seul, un plaidoyer en faveur de la nationalisation du laboratoire Servier et de l’ensemble de ce secteur économique ? La même mesure ne s’impose-t-elle pas au secteur bancaire, que l’Etat a massivement renfloué, avant de présenter l’addition aux travailleurs ? Il y a aussi ces subventions massives que l’Etat verse à l’industrie automobile, pendant que ses grands actionnaires continuent d’encaisser des millions. On pourrait multiplier les exemples à volonté. La faillite du capitalisme offre aux communistes d’immenses possibilités pour expliquer, de façon claire et percutante, la nécessité d’une transformation socialiste de la société.

Il faut donner la plus large audience possible au programme et aux idées du communisme, lors de la campagne électorale. Or, personne ne le fera à la place du PCF : ni les dirigeants du Parti Socialiste, ni ceux du Parti de Gauche. On nous rétorque parfois que les dirigeants actuels du PCF ne défendent pas un programme communiste, eux non plus. C’est malheureusement vrai (voir ici). Mais quelle conclusion pratique faut-il en tirer ? Certains camarades sont tentés de cacher les carences de notre programme derrière « le bruit et la fureur » d’un Jean-Luc Mélenchon. Mais ce serait renoncer à la politique au profit du spectacle. Le PCF compte dans ses rangs des dizaines de milliers de militants dévoués à la cause des travailleurs. Beaucoup, comme nous, demandent que le parti renoue avec les idées fondamentales du communisme. Les autres peuvent être convaincus par la discussion fraternelle et l’expérience collective. Autrement dit, on peut et on doit réarmer le parti avec les idées du marxisme. C’est le seul moyen sérieux de le renforcer.

Cela ne nous empêche pas de faire alliance avec d’autres forces politiques de gauche, comme par exemple le Parti de Gauche. Dans les luttes comme sur le plan électoral, l’union fait la force. Mais il faudrait tout de même tenir compte de l’implantation et du poids militant des organisations respectives. A lui seul, le PCF réunit au moins 90 % des forces militantes du Front de Gauche. Lors des dernières élections européennes et régionales, la composition des listes était extrêmement généreuse à l’égard des candidats du Parti de Gauche et de la Gauche Unitaire, si on la compare aux forces militantes sur le terrain. Beaucoup de camarades ont critiqué cet état de fait. Or, dans le cas de l’élection présidentielle, c’est encore plus simple : il ne peut y avoir qu’un seul candidat du Front de Gauche – lequel, une fois désigné, concentrera toute l’attention médiatique et occupera le devant de la scène. Etant donné le poids du PCF au sein du Front de Gauche, cette position décisive doit naturellement revenir à l’un de ses dirigeants.

Electoralisme

Des camarades sont persuadés qu’un candidat issu du parti ferait un score nettement moins important que Jean-Luc Mélenchon (ce qu’on ne peut prouver, ni d’ailleurs le contraire). Cet argument en faveur d’une candidature de Mélenchon est très courant. En général, ceux qui l’utilisent nous rappellent le score de Marie-George Buffet aux présidentielles de 2007 (1,93 %). On comprend très bien que cet argument puisse convaincre ou faire hésiter des camarades. Mais en réalité, il est complètement erroné. Il fait abstraction de ce que devraient être le contenu et les objectifs politiques d’une campagne électorale du parti. C’est une occasion – parmi d’autres – de développer l’influence des idées communistes et de construire le parti : de gagner des militants, des sympathisants, des lecteurs, de créer de nouvelles cellules du parti, etc. Si, par exemple, le parti sort de la prochaine présidentielle avec plusieurs dizaines de milliers de nouveaux adhérents (ce qui, dans le contexte actuel, est tout à fait possible), il aura pleinement rempli sa mission. Le score électoral vient ensuite. Il a son importance, bien sûr. C’est une photographie, à un moment précis, de l’influence du parti dans la masse de la population. Il nous faudra l’analyser, en même temps que le score réalisé par tous les autres partis, et nous efforcer d’en tirer des conclusions politiques. Mais renoncer à présenter un dirigeant du parti parce qu’on suppose qu’un autre candidat réunirait davantage de voix, c’est faire du score électoral un fétiche vide de tout contenu politique. En bref, c’est tomber dans une forme d’électoralisme.

Des camarades pourraient nous objecter que l’objectif central est de chasser la droite du pouvoir. La Riposte souhaite évidemment une victoire de la gauche en 2012, et le PCF devra soutenir le candidat de gauche face à Sarkozy, au deuxième tour de la présidentielle. Mais cet argument – « chasser la droite » – a ses limites. Aujourd’hui, dans l’esprit de la masse des travailleurs, le chemin le plus direct pour battre la droite, c’est le vote socialiste. Or, Aubry, Royal et Strauss-Khan se préparent à mener une politique de rigueur semblable à celle des gouvernements « socialistes » grec, portugais et espagnol. Ils y seront contraints par les exigences d’un système capitaliste qu’ils refusent de remettre en cause. Le PCF doit prévenir les travailleurs de cette perspective et se démarquer clairement du réformisme impuissant des dirigeants socialistes. Autrement dit, le vote pour le candidat du PCF ne sera pas un simple « vote utile » pour battre la droite. Ce sera – ou plutôt, ce doit être – un vote de soutien à un programme communiste, qui est la seule alternative au capitalisme en crise. En renforçant le PCF au cours de la campagne électorale, on renforcera l’ensemble mouvement ouvrier, qui devra très vite mener de grandes luttes contre le prochain gouvernement, quel qu’il soit.

Il ne suffit pas de rappeler le score de Marie-George Buffet en 2007. Il faut l’expliquer. Or, on a entendu à ce propos beaucoup d’idées fausses. Tel dirigeant du parti y voyait la conséquence d’une « américanisation des esprits », quoi que cela puisse signifier. Tel autre expliquait que les « mutations sociologiques » du pays étaient défavorables au parti (ce qui est archi-faux [1]). De manière générale, les dirigeants du parti ont cherché les raisons de ce revers électoral en dehors des idées et de la politique du parti. Or c’est pourtant là que se trouvait l’explication la plus évidente. Pendant des années, le programme du parti a été progressivement vidé de tout contenu communiste, au point que la masse des travailleurs ne voyait plus de différence fondamentale entre la politique du PCF et celle du Parti Socialiste. Les privatisations menées par un ministre « communiste », entre 97 et 2002, ont donné à cette appréciation un contenu très concret. Telle fut la cause principale du déclin du parti, ces 15 dernières années. Mais cela signifie, en retour, que ce déclin n’a rien d’irréversible. Toute la question se ramène, une fois de plus, à la nécessité de réarmer le parti avec un programme et des idées révolutionnaires.

Dans l’esprit des camarades qui soutiennent la candidature de Mélenchon, le déclin du parti, au cours de la dernière période, pèse lourdement. C’est particulièrement le cas chez de nombreux dirigeants, où cette idée repose sur un profond scepticisme à l’égard du « communisme » et du marxisme. Ils sont convaincus que les travailleurs ne voudront plus jamais en entendre parler. Ne disposant d’aucune explication scientifique des causes du stalinisme, ils y voient un « boulet » dont il serait impossible de se débarrasser. Ils cherchent à « moderniser » les idées du communisme. Les textes officiels du parti parlent « d’inventer un nouveau mode de développement humain », comme s’il nous fallait repartir de zéro en matière de programme. Or, ce qui est « inventé » n’a évidemment rien de « nouveau » : ce sont des idées réformistes et pré-marxistes dont l’histoire a mille fois démontré la faillite, en France et à l’échelle internationale. Manquant de confiance en eux-mêmes et dans le parti, ils pensent que son « image » – l’image communiste du PCF – le condamne au déclin électoral. Ils doutent qu’un candidat issu du parti puisse faire un « bon score » à la présidentielle. Aussi en viennent-ils à considérer la candidature de Mélenchon comme une solution.

Liquidationnisme

Le soutien à une candidature de Mélenchon s’inscrit dans une perspective qui dépasse largement l’échéance de l’élection présidentielle. Roger Martelli, un ex-dirigeant du parti connu pour ses positions liquidationnistes, ne s’y est pas trompé. Considérant le choix de Mélenchon comme très probable, il déclarait récemment que « le parti va devoir réfléchir à la perspective de long terme dans laquelle il inscrit ce choix » [2]. Les dirigeants actuels du parti s’expriment beaucoup plus prudemment que Roger Martelli. Mais cette « perspective » est bien connue. Elle ne date pas d’hier. Il s’agit de transformer le PCF en une nouvelle force politique ayant formellement rompu avec l’héritage et la tradition communistes. C’est le sens de la fusion du PCF et du Parti de Gauche que propose Mélenchon. Et cette idée n’a cessé de gagner du terrain, ces dernières années, au plus haut niveau du PCF. Dès lors, il n’est pas difficile d’anticiper la suite des événements, dans l’hypothèse d’une candidature de Mélenchon. S’il réalise un meilleur score que celui de Marie-George en 2007 – ce qui, après dix ans de droite au pouvoir, serait logique –, cela apportera de l’eau au moulin de tous ceux qui ne croient plus au potentiel du parti. Cela donnera un nouvel argument aux partisans d’une « nouvelle force politique ».

En juin dernier, Mélenchon et des dirigeants du parti ont proposé de créer une « association des partisans du Front de Gauche », à laquelle on pourrait adhérer directement sans adhérer à l’un des partis qui constituent le Front. Cette proposition a suscité une vive opposition, à la base du parti, et a dû être temporairement écartée. Mais nous ne doutons pas qu’elle reviendra dans le débat, sous une forme ou sous une autre. Mélenchon dit ne pas y avoir renoncé. La Riposte s’y oppose, car ce serait un pas très sérieux en direction de la transformation du Front de Gauche en un nouveau parti. Les communistes espagnols ont connu ce processus dans le cadre de la « Gauche Unie », dans les années 80 et 90. Cela s’est soldé par un grave affaiblissement du Parti Communiste Espagnol. Au départ, la Gauche Unie n’était qu’une coalition électorale. Puis elle s’est transformée en une force politique à part entière – avec des structures locales et nationales, une véritable direction, etc. Après une série d’assez bons résultats électoraux, la Gauche Unie a connu un déclin brutal. Pendant ce temps, le PCE est devenu un « courant » de facto de cette nouvelle force réformiste, dont il constituait à l’origine l’écrasante majorité. L’effacement du PCE dans la Gauche Unie s’est traduit par une chute de ses effectifs et une dislocation générale de son organisation. Aujourd’hui, les communistes espagnols cherchent à reconstruire le parti et à le « sortir de la clandestinité ». Nous avons tout intérêt à étudier et méditer cette expérience de nos camarades espagnols !

Lors des dernières réunions du Conseil National du parti, plusieurs camarades ont averti qu’une candidature de Mélenchon « démobiliserait » la base du parti, lors de la campagne électorale. Ceux qui connaissent le parti, à l’échelle nationale, ne peuvent pas en douter. Outre la méfiance de beaucoup de camarades à l’égard de Mélenchon, dont la carrière est jalonnée de volte-face opportunistes, il y a le fait concret que dans une très grande majorité des sections du parti, surtout en dehors des grandes villes, les militants du PCF portent pratiquement le Front de Gauche à eux seuls, faute de militants du Parti de Gauche et de la Gauche Unitaire. Il n’est pas difficile d’imaginer la réaction des camarades à qui on demanderait de faire campagne pour un candidat dont le parti n’existe pas – ou presque pas – au niveau local. Beaucoup y renonceraient. De ce seul point de vue, le choix d’une candidature issue du PCF s’impose.

La base doit décider

De nombreux camarades pensent que la question de la candidature est déjà tranchée, au niveau de l’Exécutif national du parti, en faveur de Mélenchon. Tout semble l’indiquer, en effet. Nous venons d’en évoquer les prémisses politiques. Mais des éléments concrets renforcent cette hypothèse. Par exemple, la direction insiste sur l’importance des élections législatives, pour le PCF, dans le but probable de minorer l’enjeu de la présidentielle – comme si on pouvait dissocier ces deux élections, qui se tiennent à un mois d’écart ! Mélenchon, bien sûr, approuve magnanimement cette idée fausse. On cherche aussi à nous rassurer en soulignant que la campagne de la présidentielle sera « collective », quel que soit le candidat. Mais en réalité, les communistes n’auront aucun moyen de contrôler Mélenchon, pendant comme après la campagne électorale. On note enfin le peu de soutien des dirigeants du parti à la candidature d’André Chassaigne, comme ce dernier l’a lui-même souligné.

André Gerin s’est déclaré candidat. Mais après toute une série de prises de positions scandaleuses, et notamment sa croisade démagogique sur le thème de la burqa, aux côtés d’Eric Raoult (UMP), il s’est très largement discrédité au sein du parti (voir ici). Sa candidature à la présidentielle ne pourrait que nuire gravement au PCF et à son image. Quant à la candidature de Maxime Gremetz, elle ne sera pas prise au sérieux par la plupart des communistes. Nous n’entrerons pas ici dans les détails du vieux conflit entre la direction du parti et Maxime Gremetz. Mais il est évident que son exclusion du PCF discrédite sa candidature.

André Chassaigne s’est déclaré candidat, lui aussi. Si aucun autre dirigeant du parti ne se porte candidat, Chassaigne doit aller jusqu’au bout. Les militants doivent pouvoir se prononcer, en juin prochain, sur sa candidature. Mais encore faut-il que Chassaigne veuille vraiment « y aller ». En septembre dernier, il écartait publiquement l’hypothèse d’un vote des militants pour le départager face à Mélenchon. Cela avait semé le doute sur ses intentions réelles. Cela donnait l’impression que sa candidature était un leurre destiné à tromper la patience des militants – et qu’il était prêt à se retirer, en fin de course, au profit de Jean-Luc Mélenchon. Dans un récente lettre aux communistes, Chassaigne a lui-même reconnu que sa démarche avait alimenté cette crainte. Mais il continue d’affirmer qu’il « s’aligner[a]derrière la décision prise par les délégués à la Conférence Nationale » des 4 et 5 juin. Nous voulons que la Conférence Nationale se prononce pour une candidature issue du PCF. Mais dans tous les cas, le seul moyen de connaître l’opinion réelle de l’ensemble des militants communistes, ce sera le vote des 16, 17 et 18 juin. En effet, la Conférence Nationale risque de ne pas refléter correctement l’opinion de la base du parti. Le poids de la direction y sera prépondérant. Il ne faut pas que le vote des militants porte sur le seul nom retenu par la Conférence Nationale. Dans l’hypothèse où celle-ci se prononce en faveur de Mélenchon, le nom de Chassaigne – ou d’un autre dirigeant du parti – doit quand même être soumis au vote des adhérents.

Le débat sur la candidature ne doit pas occulter notre travail sur le programme du parti. Encore une fois, la candidature d’un communiste ne prendra tout son sens que sur la base d’un programme de rupture avec le système capitaliste. Un tel programme susciterait l’intérêt et l’enthousiasme de millions de jeunes et de travailleurs. Les militants communistes dépenseraient des trésors d’énergie pour le populariser aux quatre coins du pays. C’est la question centrale. Il faut d’urgence doter le parti d’un programme qui appelle à en finir avec la domination de l’économie par une poignée de parasites capitalistes. Il faut remettre à l’ordre du jour la lutte pour une société socialiste, débarrassée de la Bourse, des spéculateurs et de la course infernale au profit. En dernière analyse, c’est la plus solide garantie de nos succès futurs.

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